Note: Cet article s’intéresse aux Inuits qui vivaient selon le mode de vie traditionnel, avant la première partie du XXe siècle
« Respectez-vous et respectez les autres. Il est important d’avoir une bonne estime de soi, se motiver soi-même et inspirer les autres à rester positifs. » (Aîné inuit)
Les Inuits peuvent être divisés en cinq groupes : les Groenlandais, les tribus du centre de Smith Sound, de la Terre de Baffin, de la rive ouest de la baie d’Hudson, de la région de Back River et de Boothia, les Labradoriens, les tribus Mackenzie du centre de la côte nord de l’Amérique et les tribus d’Alaska.
Dans la culture inuite, l’amour, le bonheur et le bien-être sont étroitement liés. L’Inuit éprouve du bonheur lorsqu’on admire son courage et sa force, et qu’on le reconnaît gagnant dans sa lutte constante pour la survie. C’est à travers ces efforts que naissent dans la conscience inuite les sentiments les plus profonds et authentiques, dénudés de tout égoïsme, individualité ou intérêt.
Loin du bonheur romantique tel que nous le percevons, pour les Inuits chaque respiration devient un moment de joie profonde, une éternité solidement enracinée dans le présent.

L’amour romantique inuit reste discret et naît le plus souvent de la complicité qui s’installe entre les époux après le mariage. Les sentiments amoureux s’expriment le plus souvent de façon indirecte et pudique, par des codes poétiques, des chants traditionnels (ayaya, pisiit). C’est à travers les métaphores qu’on trouve des allusions délicates à l’amour, l’évocation nostalgique d’un être cher, ou encore la mise en valeur de la beauté et des qualités d’un partenaire désiré.
L’affection s’exprime surtout par des actes concrets: coudre un vêtement, préparer le gibier, réparer un harpon, ainsi que par de petites attentions, par la proximité au quotidien et l’entraide.

Chez les Inuits les émotions structurent l’ordre social et influencent les comportements : quelqu’un heureux est forcément une bonne personne, quelqu’un colérique et agité est considéré puéril, dangereux, et potentiellement devient une menace pour l’équilibre de la communauté.
Le sens des mots s’appuie sur l’expérience ou les situations vécues. Par exemple, en inuktitut, le mot « amour », dans le sens d’attachement affectif réciproque, n’existe pas.
« Naklik » ou « nallik » désignent un attachement protecteur envers une personne en difficulté. Seules les personnes vertueuses peuvent éprouver une telle émotion mature.
« Unga » représente un attachement de dépendance (comme celui d’une mère à son enfant). Ce type d’émotion est considéré comme immature.
« Pitsau » ou « piugi » indiquent apprécier quelqu’un, être en relation avec quelqu’un, considérer l’autre comme une bonne personne.

Malgré les difficultés de leur environnement, les Inuits parviennent à vivre dans un état d’esprit guidé par l’harmonie, l’équilibre et le bien-être.
Leur seule présence dans un tel environnement hostile est, en elle-même, une forme de victoire. Menacés en permanence par une mort certaine, ils goûtent continuellement à la simple et saine joie d’exister.

La clé de cette réussite repose sur des règles simples, perpétuées de génération en génération :
– Des relations fortes, profondes et sincères entre les membres du groupe. Les liens familiaux et collectifs doivent rester inébranlables pour garantir la survie au sein d’un milieu hostile. Ces liens se renforcent davantage lors des activités quotidiennes, comme la chasse ou la gestion des réserves
– L’amitié et l’harmonie sociale : les gens s’apprécient réciproquement et se le disent clairement. Leur interactions sont fondées sur la confiance, le partage et l’entraide réciproque. Ainsi, les amis sont perçus comme une forme de famille élargie, envers laquelle on a le devoir d’apporter un soutien matériel et émotionnel en cas de besoin
– Le respect et la considération envers les aînés qui sont associés à la sagesse, à l’autorité morale, à la continuité sociale et culturelle. En tant que détenteurs du savoir et connaisseurs des règles de survie, ils guident les décisions de la communauté, surtout lors des chasses ou des déplacements. La famille veille à ce qu’ils ne manquent de rien.
– L’évitement des conflits et des comportements extrêmes. Lorsque ceux-ci surviennent, ils privilégient une gestion indirecte, par une attitude non conflictuelle : le recours à l’humour, au silence, à la communication non verbale ou au fait de faire semblant de ne pas être offensé
– La maîtrise des émotions négatives qui peuvent menacer la sécurité du groupe. L’isolement et la solitude sont totalement bannis, car ils perçus comme sources de malheur
– Le respect de la nature et des animaux, qui sont reconnus comme des êtres vivants, formant un ensemble connecté. Les animaux sont des êtres essentiels à leur survie, qui méritent respect et gratitude. Portés par un amour absolu, ils honorent l’esprit de l’animal, tissant ainsi un lien profond, destiné à traverser le temps.

– La résilience face aux épreuves

Les Inuits s’efforcent d’être toujours heureux, de vivre pleinement le moment présent.
Leurs moments de joie sont liés principalement à la famille, à la communauté et au respect des valeurs traditionnelles : le soin des aînés, le partage des ressources, le maintien de liens interpersonnels forts, le respect du bien-être individuel et collectif, la protection de la terre, des animaux et de la nature.
Le bonheur, envisagé comme un bien-être physique et émotionnel, constitue une notion globale qui englobe la santé, les relations avec les autres, le lien à la nature, aux animaux, ainsi que la dimension spirituelle.
Le bonheur Inuit ne s’exprime ni par des gestes ni par des attitudes romantiques, mais plutôt par des actions concrètes, par un soutien réciproque et des liens interpersonnels profonds et éternels.
Bibliographies
1) Lessons on happiness from the Inuit’s ancient way of life” Vincent Kavanagh
URL: https://medium.com/the-trip/
2) Emotions Have Many Faces: Inuit Lessons, Jean L. Briggs, Reflections on Anthropology in Canada Anthropologica, 2000, Vol. 42, No. 2,
3) Eskimo Folk-Tales, Knud Rasmussen, The Project Gutenberg eBook of Eskimo Folk-Tales #28932
URL: https://www.gutenberg.org/
4) Dr. Rink in his Tales and Traditions of the Eskimo, Fridtjof Nansen, The Project Gutenberg eBook of Eskimo Folk-Tales #46972
URL: https://www.gutenberg.org/
5) Tales and Traditions of the Eskimo, Dr Henry Rink, Edited by Dr Robert Brown, Digitized by the Internet Archive in 2017
URL: https://archive.org/details/
6) Never in Anger: Portrait of an Eskimo Family, Jean L. Briggs, Harvard University Press, 1970
7) Eskimo Life, Fridtjof Nansen, The Project Gutenberg eBook of Eskimo Folk-Tales eBook #46972
URL: https://www.gutenberg.org/
8) Inuit family understandings of sexual health and relationships in Nunavut”, Gwen K. Healey (2014)
9) The Central Eskimo”, Franz Boas, The Project Gutenberg eBook, eBook #42084