Note: Cet article s’intéresse aux Inuits qui vivaient selon le mode de vie traditionnel, avant la première partie du XXe siècle

Le tatouage facial (tunniit) et le tatouage corporel (kakiniit) sont pratiqués dans presque tout l’Arctique inuit canadien ainsi qu’en Sibérie. Contrairement à la peinture corporelle, ces tatouages sont permanents.

Tatouage du visage femme agée

Les tatouages féminins sont plus codifiés et largement partagés, tandis que ceux des hommes sont plus rares, personnalisés et liés à leur vécu. La ligne au menton est essentielle chez les femmes : elle symbolise la beauté et la fertilité.

L’homme Inuit n’épouse pas une femme sans ligne au menton. Selon les croyances inuites, une femme sans tatouage risquait aussi d’être mal accueillie dans l’au-delà.

Les tatouages féminins sont généralement réalisés par des femmes âgées, souvent la mère ou une proche, dans un cadre rituel précis. Le processus s’étend sur environ deux ans et se fait sous la supervision de la famille. Il est douloureux et provoque une inflammation durant plusieurs jours. 

Tatouage du visage fille (Alaska)

La technique consiste à faire passer sous la peau une aiguille en os ou en métal munie d’un fil enduit d’huile et de suie, ce qui donne aux tatouages leur couleur bleutée. Le tatouage n’a pas seulement une fonction décorative. Il remplit aussi plusieurs rôles :

  • Médicinal, pour soulager la douleur ou agir comme une forme d’acupuncture ;
  • Spirituel, afin de garantir l’accès à l’au-delà ;
  • Chamanique, pour se protéger des mauvais esprits, des maladies, des naufrages ou des difficultés lors de l’accouchement ;
  • Social, pour montrer ses compétences et son savoir-faire.
Tatouages du visage de Tuglik (le nom de cette femme)

Le tatouage est un rite de passage féminin essentiel, nécessaire pour être considérée comme une « belle femme » et pouvoir se marier. Il marque les grandes étapes de la vie : la puberté, le mariage, la maternité et la ménopause. Le processus débute à la puberté, lors des premières menstruations. Après la ménopause, le tatouage permet aussi de distinguer les femmes des hommes.

Les motifs sont composés de points, de zigzags, de lignes et de formes géométriques, généralement symétriques et identiques sur chaque membre. On trouve parfois des lignes à la base du nez ou de petites figures humaines sur la main ou l’épaule.

Les tatouages peuvent apparaître sur toutes les parties du corps : mains, bras, jambes, pieds et visage, couvrant parfois presque entièrement le corps de motifs bleutés.

Tatouages sur le corps

Les tatouages faciaux féminins symbolisent le soleil, la beauté et la protection spirituelle.

De fins tatouages sont nécessaires pour plaire à « sœur soleil », qui, dans l’au-delà, punit celles qui n’en portent pas en leur noircissant le visage par le feu ou le goudron. 

Le tatouage facial est aussi parfois associé au corbeau mythique, considéré comme un masque protecteur contre les êtres non humains.

Tatouages du visage

Le front est souvent orné d’un V en doubles lignes descendant de la racine des cheveux jusqu’au nez, ou de motifs en éventail allant du nez vers le front.

Les joues peuvent être décorées de motifs en forme d’œuf, d’arbre ou de V à lignes doublées, partant de l’aile du nez vers le coin de l’œil. Le front et les joues sont parfois ornés de fines lignes parallèles. Des lignes peuvent aussi apparaître aux coins de la bouche et des yeux ; celles situées près de la bouche peuvent parfois indiquer le nombre de baleines capturées par le mari.

Divers tatouages

 Les rayures sur le menton rappellent les premières menstruations. Le motif principal se compose de lignes doublées allant de la lèvre inférieure jusqu’à la gorge. Elles symbolisent le passage à l’âge adulte, la préparation au mariage et parfois l’accès à l’au-delà.

Les tatouages sur la poitrine sont réalisés après l’accouchement pour rappeler la maternité.

Les marques sur les bras et les doigts font référence à la légende de Sedna : de belles mains tatouées sont nécessaires pour plaire à la maîtresse des animaux marins lors du passage vers le monde souterrain après la mort.

Les avant-bras sont ornés de lignes, points ou bandes, mettant en valeur les compétences en couture, préparation des peaux et soutien à la famille. Les lignes sur les doigts ou autour des poignets symbolisent l’habileté manuelle et la transmission du savoir féminin.

Chaque tribu a ses propres particularités. Par exemple, les Inuits du nord et du centre de la baie d’Hudson ajoutent une marque en forme de branche d’olivier aux coins des yeux et de la bouche.

Sur l’île Saint-Laurent, les joues sont décorées de lignes courbes, la ligne extérieure allant de la mâchoire inférieure jusqu’à la tempe et au sourcil.

Main tatouée N° 1
Main tatouée N°2

Au cap Thompson, toutes les femmes portent sur le menton trois petites lignes.

Près de la rivière Great Fish, le tatouage est très abondant : le visage, les majeurs et les auriculaires sont ornés de nombreuses lignes. On peut compter jusqu’à six lignes obliques partant des narines et traversant les joues, dix-huit lignes partant de la bouche jusqu’au menton et au cou, dix lignes depuis le coin de chaque œil, et jusqu’à huit lignes allant du front jusqu’au milieu du nez, entre les sourcils.

À Point Barrow et dans le district de Mackenzie, le tatouage du menton est préféré, avec une à sept lignes verticales. Une seule ligne est rare mais plus large.

Les tatouages masculins chez les Inuits sont rares et n’ont pas de rôle décoratif. Ils servent surtout à marquer le statut social, offrir une protection spirituelle, montrer des compétences ou des exploits, et affirmer une distinction. 

Les motifs sont simples :

  • Lignes : parcours de vie ;
  • Points : animaux chassés ou protection spirituelle ;
  • Triangles et chevrons : force et chasse ;
  • Croix : repères et protection ;
  • Motifs animaux : lien avec l’animal chassé ;
  • Forme en Y : harpon et outils de chasse.
Tatouages des jambes
Tatouage sur la main et le bras

Les tatouages masculins permettent de reconnaître certaines réalisations ou statuts :

  • Grand chasseur : le nombre de baleines tuées est indiqué par des lignes, des nageoires caudales ou des croix sur le nez, le bras, la joue ou l’épaule;
  • Chamane : motifs spécifiques selon son rôle;
  • Meurtriers : deux traits horizontaux sur le nez;
  • Anthropophages : marques particulières;
  • Tueur d’ennemi : marque sur l’épaule.

Ils sont réalisés par un chamane, un aîné, un chasseur reconnu ou parfois un membre de la famille, et l’événement est souvent accompagné de chants, prières ou incantations.

Bibliographie

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Kakiniit and Other ‘Strange Blue Speckles’: Self-Representation and Qallunaat Images of Inuit

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Inuit Tattoos in Greenland Today: A Marker of Cultural Identity, Tukummeq Jensen Hansen

https://id.erudit.org/iderudit/1099153ar

Spiritualité Autochtone