Coutumes et traditions funéraires
Croyances sur la mort

Balgo est un groupe d’Autochtones de l’Australie occidentale. Le nom Balgo signifie « herbe à riz ».

Les Aborigènes du désert occidental du Balgo ne craignent pas la mort, ils l’acceptent. Ils ont peur seulement de mourir oubliés, dans la solitude, ou que leur esprit ne retrouve pas le chemin vers le monde des ancêtres. 

La mort n’est donc pas une fin en soi, mais plutôt un passage vers un autre état d’être.

Les esprits des morts ne sont que rarement considérés comme maléfiques ou dangereux pour les vivants. Toutefois, pour le bien de toute la communauté, il est préférable qu’ils ne s’attardent pas trop dans le monde des vivants . 

Famille Balgo

Après la mort, suite à différents rituels, l’esprit se divise ainsi :

– une partie retourne sur les différents sites associés aux totems du mort

– l’esprit enfant retourne dans son site de conception pour se reposer et préparer sa nouvelle incarnation

– une partie rejoint l’au-delà pour y demeurer éternellement. 

L’esprit de ceux récemment décédées, et qui n’ont pas encore réintégré leurs sites de conception respectifs, servent d’intermédiaires pour transmettre certains messages et souvenirs aux humains.

Cette communication se fait sous forme de chants, d’images, de gestes rituels et parfois en rêve. Les rencontres avec des parents défunts sous la forme des rêves sont assez fréquentes et très recherchées par les vivants.

Les rites funéraires dans les communautés aborigènes s’appellent les sorry business (l’affaire du chagrin), ils sont longs et complexes. Ces rituels s’étendent sur plusieurs mois et permettent à l’esprit du défunt de trouver son chemin jusqu’à son territoire ancestral, de se fondre à nouveau avec leur principe vital et d’alimenter les réserves d’esprits-enfants. 

Les cérémonies sont considérées terminées lorsque l’esprit du défunt est retourné sur son site de conception, à l’état d’esprit enfant, pour attendre une nouvelle incarnation.

Ces cérémonies contribuent à garder vives les relations entre les ancêtres et les vivants, et permettent aux vivants de retisser les réseaux familiaux et de renforcer les liens sociaux.

Rêves aborigènes: Peinture pointilliste

Dès l’annonce d’un décès, un sorry camp doit impérativement être établi. Il s’agit d’un abri, fabriqué pour l’occasion, en périphérie de la communauté. Les parents proches, hommes et femmes, vivent à l’intérieur pendant quelques semaines, voire quelques mois. Ils s’enduisent le torse, le front et les avant-bras de kaolin, ou d’ocre blanc, la couleur du deuil. 

Tout au long de leur séjour, ils sont pris en charge et nourris par d’autres membres de la famille, de la communauté ou des visiteurs. C’est là, à l’intérieur de cet abri, qu’au fil des semaines ils reçoivent les condoléances et les dons de ceux qui leur rendent visite. La douleur face à la perte d’un parent doit être exprimée et démontrée intensément et de manière collective. Elle doit aussi être partagée.

Groupe d'aborigènes

Les femmes sont chargées de pratiquer divers rites de purification, surtout autour de la maison du défunt. Le sol est balayé à l’aide de branches d’eucalyptus ou d’acacia. Le but est d’effacer les traces au sol laissées par le défunt, car ces traces représentent une extension du soi. La maison du défunt est désertée pendant plusieurs semaines ou mois. 

Encore aujourd’hui, certains parents proches du défunt expriment leur peine en s’infligeant des blessures corporelles : les femmes se frappent la tête avec les poings, des pierres ou des objets lourds ou contondants ; les hommes se transperçent la cuisse avec un javelot. Les proches parents se coupent les cheveux.

Pour les proches parents du défunt, hommes et femmes, des interdits supplémentaires s’appliquent pendant quelques semaines ou quelques mois, notamment des interdits alimentaires.

Une cérémonie de fumigation est pratiquée sur le cadavre, sur ses proches, ainsi que toutes ses possessions. Les biens du défunt sont détruits, brûlés ou redistribuées, le plus souvent à des parents plus ou moins éloignés, vivant dans une autre communauté. Ce rituel a pour but de permettre à l’esprit du mort de se détacher des vivants.

Son nom fait l’objet d’un tabou, il ne doit plus être prononcé pendant toute la durée du deuil, qui peut aller jusqu’à deux ans. C’est pareil pour toutes les personnes portant le même nom ou un nom aux sonorités proches de celui du défunt. Les lieux, les commerces et les objets dont le nom serait susceptible de rappeler celui du défunt ne sont plus prononcés non plus. Ils sont tous désignés par le terme « sans nom ».

Tombe aborigène

Le corps est retourné au sein du clan maternel. Il est ensuite peint de motifs claniques, puis déposé à l’écart, sur une hauteur et laissé à la décomposition. 

Après la décomposition du corps il y a une deuxième cérémonie funéraire qui a comme objectif de guider l’esprit du mort vers son site de conception. 

Pendant cette cérémonie les os sont placés dans un réceptacle (un tronc creux, une couverture d’écorce ou une tombe) sous le regard des leaders religieux, membres de la famille du défunt et de ses clans alliés.

Le rituel consiste à accompagner l’esprit du mort dans son ultime voyage, vers son site de conception.

Peinture murale sur les rites funéraires et les croyances aborigènes

Sources :

A. Morvan, Révélation des morts et création rituelle dans le nord-ouest australien, Conférence internationale UFSC Florianopolis, 2013

Sylvie Poirier, Mort et rites funéraires dans le désert occidental australien, Frontières. Vol. 29 No. 2, 2018

Myrna Tonkinson, Katie Glaskin, Victoria Burbank, Mortality, Mourning and Mortuary Practrices in Indigenous Australia, Routledge, 2017

Laurent Dousset, Barbara Glowczewski, Marie Salaün. Les sciences humaines et sociales dans le Pacifique Sud, Cahiers du Credo, 2014

Wikipedia, Balgo (Australie-Occidentale) (https://fr.wikipedia.org)

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