Coutumes et traditions funéraires
Croyances sur la mort

Les Diola ou Jola sont un peuple autochtone qui vit en Afrique de l’Ouest sur le territoire de la Guinée-Bissau, de la Gambie et au sud du Sénégal (la région de la Basse-Casamance).

Jola signifie vengeance. Ils s’appellent eux-mêmes Ajamat et le mot Diola représente sa transcription en français.

Pour les Ajamat la nature est sacrée et chacun de ses éléments possède une âme : les hommes, les animaux, les végétaux, les minéraux. Ils possèdent des bois sacrés, certains réservés aux hommes et d’autres aux femmes.

Ils croient à un Dieu qui est le maître de l’univers, puissant et invisible. Parce qu’ils se sentent trop insignifiants pour s’adresser directement à lui, les Diola le sollicitent à travers des fétiches, objets de culte à l’intérieur desquels se trouvent les âmes des ancêtres. Ils leur consacrent ainsi diverses cérémonies rituelles, accompagnées de prières, d’offrandes ou de sacrifices.

Fétiche

Les Diola n’ont pas peur de la mort. Elle représente un phénomène naturel, un passage vers l’au-delà, le début d’un voyage qui va les conduire auprès des ancêtres. 

Pour bien arriver dans ces lieux l’âme doit être en pleine forme. Les offrandes et les sacrifices d’animaux l’aident à partir en paix et ne pas revenir hanter les vivants. Cela lui permet aussi de ne pas se réincarner en mendiant ou dans un être chétif.

Les cérémonies funèbres, surtout pour les personnes âgées, revêtent un caractère festif, car de défunt part rejoindre les ancêtres. Il n’y a pas de place pour les pleurs, ni pour les cris. Toute la communauté et les villages alentours y participent en chantant, en dansant et en faisant des offrandes, afin de célébrer la vie du mort et de faciliter son passage vers l’au-delà. 

Lors de ces rites, les danseurs portent des masques et des costumes qui symbolisent l’incarnation des esprits. A travers la musiques et la danses ils captent la force vitale d’un ancêtre et reçoivent ainsi sa force, son savoir ou ses bienfaits.

Le lendemain du décès, dès le matin, et pendant toute la journée, ils entonnent plusieurs chants qui vantent les mérites de la personne disparue, de ses ancêtres ou les morts du village. Les ancêtres sont ainsi prévenus de son arrivée. 

Ensuite ils chantent les mêmes chants, mélangés à des chansons des villages alentours. Ce sont des chansons qui servent à se souvenir du défunt et qui sont chantées plus tard lors des cérémonies, dans les champs, à chaque fois qu’ils veulent se souvenir de lui.

Chants et danses pour vanter les mérites du défunt
Les porteurs du mort

La cérémonie d’interrogation se déroule généralement après les danses funèbres. Le corps couvert d’un linceul blanc et d’un pagne est sorti de la maison, porté sur un brancard ou dans un cercueil par quatre hommes, dans la cour de la maison mortuaire ou vers la place du village.

La famille interroge le disparu sur la cause de sa mort en présence du féticheur. Il s’agit d’un rituel d’interrogation à travers le corps du défunt. C’est l’occasion de découvrir si la mort est liée à un péché, à une offense, à un empoisonnement, à la sorcellerie ou si c’est l’appel d’un ancêtre.

Les porteurs bougent et tournent sur eux-mêmes, entrainés par une force inconnue, insufflée par le mort. Si le cercueil avance vers celui qui interroge, c’est une réponse positive, s’il se déplace en arrière, c’est une réponse négative. S’il rebrousse le chemin c’est un refus de répondre. S’il se dirige vers les batteurs de tam tam l’interrogatoire est fini.

Le mort est enterré avec des habits coûteux. Ils offrent à son âme de nombreux cadeaux , comme par exemple une botte de riz, un coq, des bœufs, du vin de palme, du lait, etc., afin de lui permettre de vivre dans l’abondance dans l’au-delà. Ses instruments de travail sont posés à ses côtés pour qu’il puisse continuer de travailler.

La famille dépose à l’intérieur de la tombe des pagnes tissés de valeur car il va en avoir besoin dans son autre vie, dans l’autre monde. Parfois d’autres personnes confient au mort des habits ou des tissus, pour qu’il les emmène à leurs proches décédés.

Danse des femmes
Couple Diola - début du XXème siècle

La présence de la famille n’est pas autorisée à l’enterrement. Cette tache revient à certains hommes initiés, les seuls autorisés à se rendre au cimetière. Le lendemain tout le monde peut venir se recueillir sur la tombe.

Apres l’enterrement, la cause de la mort étant connue, la famille du défunt peut se venger, se résigner, faire ou demander réparation. Pour éviter qu’un autre membre de la famille meure dans les mêmes conditions la famille doit réparer les éventuels préjudices causés par le défunt. 

Les proches offrent du vin de palme ou d’autres sacrifices en offrande pour demander pardon à tous ceux que le défunt aurait pu blesser. S’il a été victime d’un mauvais sort, ils peuvent se venger ou ne pas intervenir car c’est considéré comme étant la volonté divine.

Entre six et huit jours plus tard ils organisent une cérémonie devant le fétiche du village pour permettre à l’âme d’aller rejoindre les ancêtres.

Devant la maisonnette du défunt des femmes lui composent son propre chant. Parfois elles s’inspirent des musiques provenant d’autres villages. Les paroles doivent faire référence à la personnalité et à la vie du mort. Ensuite elles les interprètent, devant tous les amis et les membres de la famille. A partir de ce jour, le nom du mort est interdit.

Ils ne donnent pas de prénom à un nouveau-né car sinon, selon la superstition, il meurt.

Des Diolas - images début du XXème siècle

Sources:

Louis-Vincent Thomas, Les Diola. Essai d’analyse fonctionnelle sur une population de Basse-Casamance

Eva Rassoul, Enterrement en pays diola : chants et danse pour célébrer la vie du mort

Louis-Vincent Thomas, La terre africaine et ses religions

Lamine Diédhiou, Riz, symboles et développement chez les Diolas de Basse-Casamance

Louis-Vincent Thomas, Cinq essais sur la mort africaine

(https://charly221.com)

(https://fr.wikipedia.org)

Spiritualité Autochtone