Coutumes et traditions funéraires
Croyances sur la mort

Les Nahuas font partie des populations autochtones du Mexique, Salvador, Honduras, Guatemala et Nicaragua.

Chez les Nahuas des hauts plateaux mexicains, la mort n’est pas une fin définitive, mais une étape dans un processus plus large de transformation. Tous les éléments sont animés par une force vitale ou un esprit, qu’il s’agisse des humains, des animaux, des plantes, des pierres, des vents,…  Dans ce contexte, les défunts possèdent une force vitale à travers laquelle ils peuvent agir sur le monde tangible.

Nahua: tenue traditionnelle

La cause de la mort détermine le lieu du séjour des morts. 

Au treizième palier des cieux se retrouvent les élus, car leur mort résulte de leur sacrifice. Sont considérés élus les guerriers morts au combat ou sur la pierre des sacrifices, les femmes mortes en couches, les disparus en rapport avec l’eau : par noyade, de goutte, de lèpre, du foudroiement et les enfants mort-nés.

Au neuvième palier de l’inframonde se retrouvent les morts de mort naturelle. Pour l’atteindre, ils doivent traverser des zones peuplées d’êtres et d’objets dangereux.

Pour arriver à sa dernière demeure, l’âme se sépare du corps du défunt et entreprend un long voyage sur les redoutables chemins de l’inframonde. Ce périple peut durer plusieurs années. Elle doit affronter de multiples et terribles épreuves : passer entre deux montagnes qui se touchent au risque d’être écrasée et de disparaître à jamais, affronter un grand froid, gravir des montagnes et traverser des déserts, emprunter des chemins gardés par des serpents ou des lézards, être fléchée ou avoir le cœur dévoré. 

L’âme peut rencontrer une grande étendue d’eau qu’elle traverse sur le dos d’un chien noir. Sur sa route elle rencontre des corbeaux et leur donne des grains de maïs pour éviter qu’on lui picore la tête.

Elle passe à travers des terres avec de la végétation, des champs de maïs, des ruisseaux, des fleurs et finalement d’autres âmes viennent l’accueillir.

Les Nahuas disent que les morts travaillent au même titre que les humains. Ainsi, ils peuvent faire venir le vent et les nuages chargés d’eau, ils peuvent parler aux dieux. Les défunts quittent leur corps physique mais, d’une certaine façon, continuent de participer au bon fonctionnement de la communauté.

L’âme du mort est légère et rapide parce qu’elle est libre de son corps.

Les rituels funéraires sont composés de chants et de danses. Le défunt va vers « le lieu des morts », un monde de repos, où il continue d’exister sous la forme d’une ombre ou d’un esprit, où il ne ressent plus les douleurs du monde des vivants. 

La famille et les proches manifestent leur chagrin à travers le processus des lamentations. A cette occasion ils passent en revue les récits de la vie du défunt et ses grandes actions. Ensuite ils enterrent le corps avec des offrandes.

Les guerriers et les morts de mort naturelle sont incinérés, tous les autres sont enterrés. 

Ils pensent que le corps humain est animé par trois entités qui se séparent à la mort :

Nahuas: en famille
Nahuas: Mère et fils

– La première est située dans le cœur, centre de l’émotion qui correspond à l’essence humaine de l’individu, à sa vie et ses facultés mentales. Cette entité quitte la terre après la mort et anime le défunt dans l’au-delà.

– La deuxième est située dans la tête, lieu de la raison et de la conscience. Elle est liée à l’individualité et au destin de chacun. Après la mort, elle reste sur la terre dans les mèches de cheveux coupées, l’une à la naissance, l’autre à la mort de l’individu, et sert de support aux rituels post-funéraires et au culte des ancêtres.

– La troisième représente le moteur des passions et est hébergée par le foie. Au décès de son propriétaire, elle se disperse sur la terre et peut se transformer en fantôme ou en diverses maladies.

Pour les guerriers le deuil peut se poursuivre jusqu’à quatre-vingts jours. Pendant cette période la famille du défunt doit jeûner, en ne prenant qu’un repas par jour, et ne doit pas se laver le visage ou les cheveux.

Le cadavre en voie de décomposition, en tant que signe absolu de la mort, est indésirable dans la société des vivants. Etant considéré comme dangereux, il est soumis à divers rituels funéraires. Tout ces rituels incitent le défunt à quitter le monde des vivants dans les meilleures conditions et  l’aident dans sa métamorphose vers sa nouvelle existence dans l’au-delà.

Chez les Nahuas il est primordial de garder en mémoire les morts. La mémoire et la narration sont très importantes pour la conceptualisation de la vie après la mort .

Sources

Louise I. Paradis, Nous mangeons la terre et la terre nous mange. Conceptions de la mort chez les Nahuas du Haut Balsas, Guerrero

(https://www.erudit.org)

Nathalie Ragot, Le corps en transformation : représentation et conception du cadavre dans la pensée aztèque

(https://journals.openedition.org)

Tara Malanga, Earth is no one’s home, Nahua perceptions of illness, death and dying in the early colonial period 15201650

Patrick Saurin, La pensée nahua sur le divan de la psychanalyse, la psychanalyse sur la natte de la pensée nahua

(https://www.cairn.info)

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