Coutumes et traditions funéraires
Croyances sur la mort

En Indonésie, dans les régions montagneuses du nord de la province de Sulawesi du Sud, vivent les groupes ethniques suivants : les Bugis, les Makassar, les Mandar et les Toraja.

Les Toraja sont des riziculteurs des hautes-terres, leur nom signifie « peuple des montagnes ».

Pour les Toraja, tout ce qui existe possède une essence spirituelle : les êtres, les animaux, ainsi que tous les objets non vivants. La mort ne correspond pas à une disparition, mais plutôt à une séparation et à une transformation.

Dès leur plus jeune âge, ils apprennent à l’accepter comme faisant partie de la vie.

Le corps est composé de trois éléments :

– l’esprit de vie : qui appartient au corps physique

– la force de vie : qui se retrouve dans tous les objets, aux plantes, aux animaux

– l’ombre noire : qui représente le double du défunt

A la mort les deux premiers se détachent du corps et se dispersent, le troisième reste près du corps. 

Défunt considéré comme "malade" jusqu'aux funérailles

Lors du rituel des funérailles, l’ombre (ou double) part pour un long voyage vers le lieu des défunts et le « malade » accède enfin au statut de mort. De nombreux chants et des lamentations l’accompagnent, sur un fond musical joué avec la « flûte de l’ombre »

Ce voyage est décrit comme étant un chemin qui descend en aval d’un fleuve, vers l’ouest et vers la gauche. Le chemin est parcouru sur des routes vertigineuses, dans la tristesse, l’âme se retourne parfois pour voir son village. A la fin elle traverse une rivière et entre dans l’autre monde, le monde des défunts.

Le cadavre est embaumé, emballé dans des tissus, et ensuite placé à l’intérieur de la maison, la tête vers l’est. Parfois il est enveloppé dans un linceul orné d’or. Les plantes séchées atténuent son odeur de formol, et avec le temps il commence à prendre l’apparence d’une momie.

Le corps est gardé ainsi des mois, voire des années, dans la maison familiale traditionnelle, en attendant que l’entourage soit prêt pour les funérailles.

Le mort est considéré et traité comme s’il était malade, la famille continue à lui parler, à lui donner à manger, à boire, à lui offrir des vêtements et des cigarettes.

Ils organisent des séances de divination pour rechercher les causes de la mort. Le déroulement des funérailles varie selon les régions et selon le rang de la famille dans la communauté.

Ces cérémonies sont généralement très bruyantes et se déroulent sans chagrin, ni larmes, car l’âme du mort passe dans le monde meilleur. C’est un moment de joie, car ce rituel permet au défunt de gagner le statut d’ancêtre et que désormais, il peut protéger les vivants. Toutefois, tous les défunts ne peuvent pas devenir des ancêtres.

Défunts Toraja
Défunt parmi des figurines

Les funérailles sont couteuses, il faut abattre beaucoup de buffles, avoir beaucoup d’invités pour une longue période, chanter un certain type de récits, d’offrandes, de musique et de danses. Le sacrifice des buffles d’eau marque la mort officielle d’un « malade ». Sans cela l’âme ne trouve pas son chemin.

Les festivités peuvent s’étaler sur deux ans, des familles riches s’associent afin d’accueillir jusqu’à plusieurs milliers de personnes. Parfois des combats de coqs sont organisés en signe d’hommage à la grandeur d’âme du défunt.

Les hommes sont habillés en noirs, les femmes sont vêtues d’une tenue traditionnelle noire avec quelques broderies aux teintes rouges et orangées.

Il n’y a pas de sacrifice de buffles lors des funérailles des mort‑nés, pour les fœtus, les enfants morts avant d’avoir eu des dents (la dent est considérée comme impure), les pauvres et les descendants d’esclaves.

Lorsqu’un bébé perd la vie, les parents le lave, l’emmaillote dans des draps puis le place dans une petite boîte en bois. Cette boîte vient ensuite se loger dans le tronc d’un arbre. Ces creux des arbres se referment plus tard sur le corps du bébé qui finit par s’unir à la Nature. Un arbre peut contenir jusqu’à 12 bébés.

L’enterrement définitif du défunt se fait dans un mausolée ou dans une tombe en pierre. Ils pratiquent aussi l’inhumation dans des tombes creusées dans des falaises, avec des balcons où sont posées des poupées à l’effigie des défunts.

Ces figures sont faites de bois ou de bambou et représentent une personne décédée appartenant à la caste de la noblesse. Le corps du défunt est déposé à l’intérieur de la falaise et ensuite, devant la sépulture, ils placent son effigie.

Les statues sont censées conserver l’âme du défunt et garder le lien entre les morts et les vivants.

La communication avec le monde invisible, avec les défunts, les ancêtres et les divinités se fait à travers des offrandes. Pour cela le responsable du rituel dépose sur une feuille de banane des aliments cuits et crus destinés aux ancêtres (dans la partie d’en bas) et aux divinités (sur la partie d’en haut), ensuite il effectue des prières. 

Cimetière Toraja

Dans certains villages du nord, il existe un rituel appelé « les deuxièmes funérailles » ou « prendre soin des ancêtres ». La famille se réunit tous les uns à trois ans afin d’exhumer le défunt, le nettoyer, changer ses habits, avant de l’enterrer à nouveau.

C’est un moment important pour la famille car cela leur permet de renouer le lien, de leur parler, de faire leur deuil. Les proches viennent parfois de loin pour célébrer cette rencontre, ils font la fête, partagent des souvenirs et honorent leurs proches décédés.

Le pillage des sépultures est considéré comme le crime le plus grave.

Cornes de buffles sur le pilier de la maison en honneur du défunt

Sources

Claudio Siebert, L’amour au-delà de la mort : les rites funéraires uniques des Toraja

(https://www.vice.com)

Nathalie Kleczinski, En Indonésie, la tribu Toraja “enterre” leurs bébés morts dans le tronc d’un arbre

(https://www.neozone.org)

(https://fr.wikipedia.org/wiki)

Julien Ermine,Les Toraja, le peuple qui fait vivre ses morts — Indonésie

(https://voyagesasie.over-blog.com)

Dana Rappoport, La fin des grands récits : Oralité et funérailles chez les Toraja d’Indonésie (île de Sulawesi). L’internationale de l’imaginaire, 2017

(https://hal.archives-ouvertes.fr)

(https://barrobjectif.com)

(https://www.baliautrement.com)

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