Coutumes et traditions funéraires
Croyances sur la mort

Le Khalkha est un groupe ethnique dont fait partie la majorité de la population de la Mongolie.

Avant le milieu du vingtième siècle leur pratiques funéraires sont très simples. Les cadavres sont déposés sur le sol pour être ensuite dévorés par les animaux.

L’effondrement du régime communiste en 1990 et la reconnaissance du bouddhisme comme religion officielle, ont permis le retour aux traditions et notamment la réintégration des éléments bouddhiques et chamaniques dans les rituels funéraires.

Le cercueil en bois est construit par trois ou quatre hommes proches du défunt. Ils doivent s’habiller avec des vêtements à l’envers ou retroussés, ensuite ils clouent les tissus à l’intérieur, en tournant autour du cercueil (ou du couvercle) dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. 

Ces inversions par rapport aux gestes du quotidien protègent les âmes des nourrissons et celle des morts instables, qui ne sont pas tout à fait « fixées » dans le squelette ou qui l’ont quitté. A travers ces gestes, les âmes errantes restent à l’écart.

Les couleurs des tissus à l’intérieur du cercueil sont généralement le bleu (du ciel) et le vert (de la terre). Symboliquement elles évoquent le retour à la nature et rappellent la pratique médiévale de la déposition du corps dans la steppe. Ces couleurs sont également associées au territoire des ancêtres, le défunt « est allongé sur la terre et regarde le ciel ». 

Sur le tissu bleu la famille place sept boules de coton blanc au niveau du visage du défunt. Cela représente les sept divinités ou les sept étoiles de la constellation de la Grande Ourse. 

Parfois, ils rajoutent certaines représentations, découpées dans du tissu blanc :

– de type chamanique: une flèche le long du corps

– de type bouddhique: une lune et un soleil au niveau de la tête ou une lune, un soleil et un feu à trois flammes au niveau des pieds 

Hommes et femmes

Ces symboles blancs (étoiles, flèche, flammes, lune, soleil) indiquent à l’âme le chemin vers l’au-delà, la direction qu’elle doit prendre.

Il s’agit de l’expression matérielle de sa libération et de sa renaissance.

Femme et enfants devant leur yourte

Le corps, enroulé dans un linceul blanc, est gardé dans une yourte ordinaire, mais inversée. Le lama effectue des prières pour « laver » le corps.

Les « porteurs d’os » déplacent le cercueil dans la yourte dans le sens inverse des aiguilles d’une montre. Le corps est sorti avec la tête et les épaules les premières et les pieds en dernier, à l’envers du sens ordinaire de sortie de la yourte. 

Lors du passage du cortège funéraire, des graines de millet et de riz sont jetées en l’air, afin de nourrir les âmes errantes et les mauvais esprits.

La famille construit une yourte miniature pour que l’âme dispose de son habitation dans l’au-delà. Ils enfoncent onze fois un objet rituel bouddhiste (rond en fer) dans la dalle en ciment frais de la yourte, pour que l’âme ne revienne pas tourmenter les vivants. Dans la tombe la tête du mort est orientée vers le Nord.

Pendant le déroulement de la cérémonie d’enterrement, la yourte mortuaire doit retrouver ses caractéristiques de yourte ordinaire. Pour cela elle est lavée à l’eau consacrée mêlée de lait.

De retour du cimetière, les membres du cortège funéraire doivent se purifier. Pour cela ils mangent un morceau de sucre trempé dans un mélange d’eau consacrée et de lait (purification interne) et ensuite se lavent les mains et le visage avec le même mélange (purification externe). 

Une fois les rites de purification effectués, la famille du défunt partage de la nourriture avec un grand nombre de convives : les membres du cortège funéraire, les parents proches et éloignés, les amis et les voisins. Il s’agit du repas du troisième jour, celui des funérailles, qui ouvre officiellement la période de deuil.

Lors d’un décès, le clergé bouddhique interdit la consommation de viande. La famille du défunt doit cuisiner des plats composés seulement de nourriture « blanche » (à base de produits laitiers). 

Hommes, femmes ,enfant
Yourte

Pendant la période de deuil, ils organisent quatre repas funéraires, un repas tous les sept jours.  Celui du quarante-neuvième jour clôt la période de deuil.

Le « repas de consolation » du quarante-neuvième jour de deuil réunit le plus grand nombre de visiteurs, presque exclusivement des enfants. Ils représentent symboliquement les nouveau-nés dans lesquels des âmes des morts se réincarnent.

Les enfants consomment un repas comportant uniquement des produits laitiers dits « blancs » et des gâteaux-semelle (signe d’hospitalité) pour renvoyer définitivement le « noir » et fermer le deuil.

Ul boov ou Heviin boov (Gâteaux-semelle)

Le moule destiné à la préparation du gâteau-semelle est confectionné en forme de semelle pour représenter une empreinte de pas. Il est présenté en forme de pyramide en plusieurs couches impaires (deux couches de bonheur pour encadrer une couche de malheur).

La nourriture blanche assure au défunt du bon jugement de la part du souverain des enfers, ainsi qu’une bonne renaissance, dans le corps d’un descendant ou dans le corps d’un nouveau-né.

L’âme du défunt se compose de trois entités différentes :

– une se trouve dans le portrait photographique qui est placé sur l’autel

– une tourne autour du seuil de la yourte purifiée, à l’endroit du repas des funérailles

– une autre se trouve près de la tombe.

Femme et enfants

Le jour de l’enterrement, la famille du défunt nourrit chacune de ces entités là où elle se trouve. La commémoration du défunt consiste à nourrir son âme (les trois entités) à des dates précises : sur la tombe (une fois par an pendant trois ans) et sous la yourte (les septième, vingt et unièmes et quarante-neuvièmes jours après l’enterrement).

Au bout de trois ans, afin de dissuader l’âme de rester ou de revenir, et pour l’inciter à renaître, la famille doit « oublier » le défunt.  L’âme du mort est définitivement renvoyée et son nom est frappé d’interdit : ses descendants ne doivent plus le prononcer et ne pas le réutiliser pour leurs enfants. Cette étape marque la fin de la relation avec le mort.

La famille enveloppe son portrait dans une écharpe cérémonielle de soie bleue et le rangent dans un coffre.

L’âme rejoint l’au-delà et s’installe parmi les ancêtres. Elle reste avec eux jusqu’au jour de sa nouvelle réincarnation.

Personnes Khalkhas

Sources

Arnaud Esquerre, Les morts des espaces lisses

Grégory Delaplace, L’invention des morts. Sépultures, fantômes et photographie en Mongolie contemporaine

(https://laviedesidees.fr)

Sandrine Ruhlmann, Les pratiques alimentaires funéraires chez les Mongols Xalx. Purifications, offrandes et repas

Sandrine Ruhlmann, Médiation funéraire en Mongolie. Cercueil, yourte miniature et nourriture

(https://journals.openedition.org)

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