Coutumes et traditions funéraires
Croyances sur la mort

Les Pygmées Baka sont des autochtones de petite taille, considérés comme les descendants des anciens peuples des Grands Lacs : le Rwanda, le Burundi, le Kenya, la Tanzanie, l’Ouganda. Le mot Pygmée est considéré par certains comme péjoratif.

Ils sont des chasseurs-cueilleurs et vivent en petites communautés semi-nomades dans les forêts d’Afrique centrale et occidentale, près de l’océan Atlantique.

Les Baka forment une société avec des valeurs morales évoluées, qui repose sur un système égalitaire, fondé sur le lien de parenté et de l’âge. Les hommes et les femmes sont égaux, la vie sociale est fondée sur le respect réciproque. Le rôle de chef de famille revient à la personne la plus âgée, qui doit veiller au respect des valeurs, de l’égalité sociale et économique.

Les Pygmées sont très doués pour pratiquer le contact avec les esprits, la divination dans le feu et la sorcellerie. Le guérisseur possède des connaissances botaniques et spirituelles.

Hommes Baka

Les Baka croient que tous les hommes sont formés d’un corps, d’un souffle, d’une ombre, d’une image et d’un esprit invisible. Après la mort, le corps, le souffle et l’ombre disparaissent. L’esprit invisible se libère et part pour un monde meilleur.

Ils croient à la vie après la mort.  

Pour le Baka tout dans la nature possède une âme et une existence matérielle. La forêt, dont ils pensent faire partie intégralement, est représentée comme une sorte de divinité qu’il faut respecter. Elle est le père et la mère, et c’est grâce à elle que la vie devient possible.

Lorsqu’une personne meurt, son esprit quitte le corps mais reste proche du camp pendant une période de temps. Plus tard son esprit peut revenir pour aider ou pour troubler la communauté.

Les esprits veillent au bon fonctionnement du groupe. Les perturbations liées à la chasse ou aux épidémies, sont considérées le plus souvent comme étant les punitions des esprits suite à un mauvais comportements des vivants.

La plupart du temps la mort n’est pas considérée comme étant naturelle, il y a de multiples causes qui peuvent la provoquer comme par exemple la sorcellerie ou les disputes. Un enfant peut mourir parce que sa mère a marché dans des endroits humides, un homme décède car il néglige sa femme ou se rend coupable d’adultère.

Comme partout en Afrique, la musique et les danses accompagnent les cérémonies funéraires. A travers les chants ils cherchent à rétablir l’harmonie bouleversée par la mort. L’esprit se cache dans forêt et observe si les cérémonies sont effectuées correctement.

Afin de garder une bonne relation future avec l’esprit du mort, ils organisent une période de deuil ainsi que plusieurs nuits de contes et de danse. Tous les rituels funéraires sont destinés à aider l’esprit, pour qu’il trouve plus facilement son chemin vers l’au-delà.

Couple Baka devant leur habitation
Femme Baka et enfant

Le conjoint du défunt doit prendre des précautions pour s’assurer que l’esprit ne revient pas pour le troubler. Pour cela il met du kaolin blanc ou du charbon de bois autour de ses yeux, ceux des enfants et des parents proches. La mort d’un enfant génère beaucoup de peur. Ils font des rituels spécifiques pour protéger les autres enfants.

Quand un Baka meurt, ils pleurent et montrent leur tristesse. La nouvelle est apportée aussitôt aux autres membres du groupe dans la forêt.

La première nuit tous les habitants du village apportent leurs tapis de couchage et leurs feux, se rassemblent près la maison du défunt, pour une veillée de nuit, à l’extérieur de la maison. Les plus âgés racontent des mythes et des histoires traditionnelles jusqu’au matin. A l’image des indigènes du détroit de Torres ils invitent un bouffon masqué, qui « fait l’imbécile » et effectue une danse très drôle appelée « la danse du bouffon ». Le but est d’oublier pour un instant leur chagrin et d’apporter de la joie à la forêt.

Les soirs suivants ils dansent et chantent. Les Baka pensent que les esprits de la forêt, c’est à dire ceux des premiers ancêtres, se manifestent pendant ces nuits à travers les danseurs. A l’image des Yorubas et des Fons qui pratiquent le rite Egoun pour faire revenir les morts parmi les vivants, les danseurs Baka initiés font revivre les esprits des ancêtres.

Le corps est lavé par les proches, enveloppé dans les vêtements habituels, ensuite enroulé dans un tapis tissé ou dans un drap. Ils déposent plus tard le corps (le visage vers le haut, la tête découverte) dans une tombe creusée à l’arrière de la maisonnette ou dans la forêt.

Des rondins, de l’écorce et de la terre sont entassés par-dessus pour éviter que les animaux dévorent le corps. Les participants prennent une main pleine de terre, crachent dedans comme une bénédiction finale, et la jettent par-dessus la tombe.

Selon la région, ils peuvent aussi déposer le corps au pied d’un arbre en prenant soin de le couvrir avec des feuilles ou tout simplement le brûler. Ils peuvent le déposer à l’intérieur de sa maisonnette et l’abattre ensuite sur le corps après avoir accompli les rites funéraires. Le campement est ensuite déplacé, le mort est laissé se dissoudre dans la terre.

Femmes et enfants Baka

Lors de ces cérémonies il n’y a pas de lamentations, ni des prières ou d’invocations.

La sépulture reste anonyme. Ceux qui creusent la tombe et portent le corps sont considérés comme rituellement impurs. A la fin de la cérémonie ils doivent se purifier dans la rivière. A titre de compensation, la mère du défunt doit leur donner des cadeaux (des poulets, des lances ou des sacs).

Hommes Baka dans la forêt

Deux ou trois jours après l’enterrement, la famille proche pratique un rituel de purification qui symbolise la séparation avec le défunt.

Pour l’accomplir ils doivent se baigner dans le fleuve.  En descendant vers l’eau, la sœur aînée du défunt met de l’écorce broyée dans un paquet de feuilles et rajoute de la salive. Au fur et à mesure que quelqu’un est lavé, la sœur prend une poignée d’écorce et la pose sur chaque tête. Ainsi les impuretés créées à cause du contact direct avec la mort sont emportées par le courant.  

Les cérémonies se finissent avec le rite de la transition. 

Les proches du défunt reçoivent des cadeaux qui sont censés leur apporter la force et la chance pour leurs activités futures. Ainsi chaque homme reçoit un bâton (pour symboliser une lance), un tapis, une branche fourchue (pour représenter la hache) qui extrait le miel d’un arbre et d’autres armes de chasse. Les femmes reçoivent des feuilles, du bois de chauffage ou de la nourriture, car elles doivent continuer à préparer les repas, à construire des cabanes et à subvenir aux besoins des autres membres de leur famille.

Les personnes très âgées ou les jeunes enfants sont enterrés tôt le matin. Aucun enfant ne peut assister à l’enterrement d’une personne très âgée.

Sources:

(https://fr.wikipedia.org/wiki/Baka)

Robert Paris, Pygmées et Bushmen, chasseurs-cueilleurs nomades au stade du communisme primitif

(https://www.matierevolution.fr)

Champolion Miache Evina, Femme-bâtisseuse du Mongulu chez les Bakas (Afrique équatoriale) : socio-anthropologie et esthétique comparée de l’imaginaire 

(https://journals.openedition.org)

Kathleen Higgens, Ritual and Symbolin Baka Life History

(https://anthrosource.onlinelibrary.wiley)

Jean-François Dortier, Le pape et les Pygmées. À la recherche de la religion première

(https://www.scienceshumaines.com)

Susanne Fürniss, Diversité et convergence des musique pygmées

Yves Leonard, The Baka: A people between two worlds

(https://www.collectionscanada)

Spiritualité Autochtone