Coutumes et traditions funéraires
Croyances sur la mort

Les Yupiks (Yup’ik au singulier et Yupiit au pluriel) sont un peuple autochtone qui vit sur les îles Nunivak, l’île Saint-Laurent, les îles Diomède dans la mer de Béring, le détroit de Béring et au sud-ouest de l’Alaska.

Yupik signifie « vraie personne ». Ils sont apparentés aux Tchouktches et aux Inuits du Canada et du Groenland.

Les Yupiks vivent dans des groupes de familles qui s’étendent sur plusieurs générations. Ces groupes s’appellent « ceux qui partagent des ancêtres ».

Ils pensent que rien ne meurt dans l’univers, mais renaît sous des formes différentes. La mort ne représente pas la fin de la vie, des parties spirituelles de l’homme et de l’animal renaissent à travers les générations suivantes. De ce point de vue leur vision est en quelque sorte proche de l’impermanence bouddhique (caractère de ce qui n’est pas permanent, ne dure pas et change sans cesse).  

Les Yupiks sont animistes, ils pensent que chaque entité vivante ou inanimée possède un esprit immortel ainsi qu’une ombre invisible qui a la forme du corps humain.

Il y a des esprits de maladie, de blessure, de malchance ou de malheur. La maladie entre et sort du corps sous forme d’essence spirituelle. Les esprits peuvent devenir faibles ou forts selon les peurs ou les forces que les humains leur insufflent. Tous les chamans peuvent communiquer avec les esprits.

Dans chaque village vit un chaman (homme ou femme) qui assume un rôle de chef.

Il guérit les maladies, voit l’avenir, garde le contact avec les esprits gardiens et peut interagir avec les esprits lors des cérémonies. Les femmes jouent généralement un rôle important dans tous leurs rituels.

Les Yupiks pensent que la maladie est due à une perte d’âme ou à la violation des tabous. Les chamans qui guérissent les malades portent un masque de l’esprit animal qui doit « manger » la maladie du corps. Les méthodes de guérison consistent en remettre en question l’adhésion au tabou, la communication en transe avec les êtres spirituels, l’extraction de la maladie (comme l’aspiration) et les danses masquées.

Le chaman peut être bon ou mauvais. Les bons guérissent les maladies, combattent les malédictions, demandent aux esprits d’aider la communauté. Le chaman maléfique lance des malédictions sur les gens et peut même les tuer.

Chaman Yupik
Yupiks avec masques

Le chaman ou les sculpteurs fabriquent des masques cérémoniels de différentes tailles allant du masque à doigts aux grands masques (qui doivent être portés par plusieurs personnes). Les masques sont créés pour des occasions précises suite aux rêves du chaman.

Les masques yupiks sont portés pendant les rituels et les danses chamaniques. Chaque masque est unique et symbolise l’esprit avec lequel il communique. Il est également possible que ce soit l’esprit d’un animal. L’individu qui porte le masque se transforme pendant les cérémonies en esprit manifesté dans le monde matériel.

Masques à doigts

Les femmes utilisent souvent des masques à doigts. Après les cérémonies les masques sont brûlés ce qui explique leur rareté.

La mort représente simultanément un départ et un commencement. Lors d’un décès la force de vie quitte le corps et commence son voyage sous la terre vers le Monde des Morts (hommes et animaux). Une fois sur place il attend sa prochaine réincarnation. L’âme de ceux partis de mort naturelle (humains et animaux) descend dans le souterrain vers le Monde des Morts, ceux partis suite à une mort violente ou les chamans vont vers le Monde du Ciel.

Quand quelqu’un meurt il faut préparer son corps pour le voyage. Ils l’habillent avec des vêtements neufs, le parent des bijoux et placent de la nourriture à ses pieds. Parfois ils rajoutent des cendres sur le visage du mort et mettent des objets sur ses yeux pour les garder ouverts (le défunt peut ainsi continuer de regarder les vivants).

Masque à doigts
Cimetière Yupik

Le corps mis en position fœtale avec les genoux pliés vers la poitrine est enveloppé d’un drap ou une peau. Une corde entoure les tout à cinq reprises. Le corps est ainsi attaché pour éviter qu’un esprit malfaisant vienne le ranimer. Ils enroulent les bras autour des genoux et les attachent ensemble aux poignets.

Cette position représente le bébé dans l’utérus et signifie que la personne morte est prête à renaître dans un autre corps. D’ailleurs il est de coutume de nommer le nouveau-né en l’honneur de la dernière personne décédée dans la communauté.

Jusqu’au moment des funérailles ils gardent une lampe allumée derrière le corps pour aider l’ombre ou l’âme à trouver le chemin vers la terre des morts. La dépouille est sortie de la maison par une entrée latérale dans le mur ou par le trou central par lequel sort d’ordinaire la fumée. Faire passer le corps par le trou de fumée symbolise le passage entre la vie et la mort.

Peu de temps avant les funérailles la corde est coupée pour permettre à l’âme de se déplacer.

Le corps peut être déposé dans une tombe sous la forme d’un trou de glace, à la surface du sol, dans une tombe circulaire peu profonde et recouverte ensuite par des pierres et du bois, dans des boites faites des planches de bois et posées ensuite directement sur le sol ou sur des surélévations. Parfois, un canoë ou un kayak est renversé avec le corps à l’intérieur.

Les biens du défunt sont posées à ses cotes dans la tombe. Il s’agit généralement des équipements de chasse pour l’homme et des ustensiles de cuisine ou de couture pour les femmes.

Tombe d'homme
Tombes et tuteurs pour appeler les morts

La famille reçoit des offrandes de la part des autres membres de la communauté. Plusieurs années après le décès ils continuent de faire des offrandes à la mémoire du défunt. Si de la nourriture ou de l’eau tombent par terre c’est signe que les morts ont soif.

La période de deuil dure cinq jours. Pour marquer la fin de cette période les proches portent une ceinture au niveau de la taille et y attachent un petit sachet contenant des cendres. Certains peuvent s’enduire le corps entier des cendres ou se peindre le visage avec du charbon de bois afin de se protéger des mauvais esprits.

Masque "Le faiseur de vent"

Les endeuillés doivent s’abstenir des relations sexuelles pendant vingt jours et manger en dernier. D’autre restrictions peuvent être observées comme par exemple ne pas se laver, ne pas se couper les cheveux ou changer de vêtements.

La veuve ne peut pas se remarier avant un an.

Les esprits non réincarnés doivent être traités avec respect car sinon ils peuvent faire du mal à la communauté. Les entités spirituelles trouvées dans la nature doivent être traitées avec respect. Les Yupiks considèrent certains animaux et oiseaux comme sacrés : l’épaulard (qui se transforme en loup en hiver), la baleine, le phoque, l’hirondelle et l’araignée. Parce qu’ils croient que les animaux morts reviennent, les gens ne leur brisent jamais les os et ne coupent la viande qu’au niveau des articulations.

Ceux qui sur terre ont été cruels avec les chiens, dans l’autre monde, seront léchés éternellement par des chiens.

Les amulettes sculptées dans la pierre protègent les gens contre le mal. Les Yupiks portent certaines de ces petites figures, comme des morses ou des têtes de chien. Certains, pour se protéger, accrochent dans la maison une tête de corbeau sculptée.

Sources :

Wikipédia Yupiks (https://fr.wikipedia.org)

Etats-Unis : Le peuple Yup’ik de l’Alaska

(http://cocomagnanville.over-blog.com)

Ann Fienup-Riordan, Boundaries and Passages: Rule and Ritual in Yup’ik Eskimo Oral Tradition, University of Oklahoma Press (1994)

Yup’ik (Native Americans of the Arctic)

(https://what-when-how.com/native-americans)

Yupiit people (https://www.britannica.com/topic/Yupik)

(https://www.travelalaska.com)

Paula Ayunerak, Deborah Alstrom, Charles Moses, James Charlie, Sr., and Stacy M. Rasmus, Yup’ik Culture and Context in Southwest Alaska: Community Member Perspectives of Tradition, Social Change, and Prevention (https://www.ncbi.nlm.nih.gov)

Koray Koto, Yupik Shamanism and Interesting Yupik Masks (https://ulukayin.org/yupik-shamanism)

Dmitriy Oparin, La commémoration des morts dans l’espace rituel des Yupik asiatiques contemporains (https://www.erudit.org/en)

Yup’ik (https://www.encyclopedia.com/humanities)

Dr. Lauren Kilroy-Ewbank, North Wind Mask (https://smarthistory.org)

Spiritualité Autochtone