Coutumes et traditions funéraires
Croyances sur la mort

Le peuple autochtone Sénoufo vit en Afrique de l’Ouest : au Nord de la Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, au Mali et au Ghana. Le mot Sénoufo signifie « ceux qui travaillent au champ ».

Leurs villages sont construits en forme circulaire : la maison du chef se trouve au milieu, la place du village, réservée aux cérémonies, se situe à l’extérieur. 

Les Sénoufos pensent que chaque personne possède une âme et un souffle (ou l’élan vital) qui au moment de la mort se séparent du corps. La famille Sénoufo se compose des vivants et des ancêtres. Pour eux les morts ne sont pas morts, leur âme invisible continue d’exister sous d’autres formes.

Les ancêtres se déplacent parmi les vivants, les protègent et les avertissent de certains évènements ou malheurs à venir. Les défunts peuvent communiquer avec les vivants à travers les rêves, les visions ou par l’intermédiaire du devin. Ils participent aux rituels initiatiques et agraires.

Greniers Sénoufo

Le devin est un médiateur entre les villageois et les esprits. Il doit essayer d’apporter des réponses à leurs préoccupations sachant que, pour les Sénoufo, tous les problèmes possèdent une origine surnaturelle. Le plus souvent, la solution aux problèmes se présente sous la forme des sacrifices aux esprits et aux ancêtres.

Les croyances sénoufos sont en même temps :

– fétichistes : ils pratiquent le culte des idoles (qui représentent des dieux bienfaiteurs) et vénèrent certains objets censés jouer un rôle protecteur

– animistes : ils croient que les êtres vivants, les objets mais aussi les éléments naturels possèdent une force vitale et qu’après la mort l’esprit part se reposer dans un endroit spécifique

– naturistes : ils se soumettent aux forces de la nature, qu’ils craignent et adorent

Les Sénoufos pensent que les morts les observent et qu’il faut les consulter régulièrement.

Lors d’un décès, la famille doit respecter rigoureusement les volontés du disparu. Il peut s’agir des souhaits exprimés de son vivant ou après sa mort, suite à la consultation avec le devin.

Si ces dispositions ne sont pas respectées, les ancêtres peuvent manifester leur mécontentement sous diverses formes : des intempéries, la sécheresse, des inondations, la mort d’animaux, les maladies, les accidents, ou même le décès.

La disparition d’un proche est toujours une source de tristesse au sein de la famille. Le corps du défunt est enveloppé dans des pagnes et posé sur un lit taillé dans un tronc d’arbre. Les pagnes sont colorés (de préférence jaune) et représentent le plus souvent les rites auxquels le défunt a été initié de son vivant.

Les cérémonies funéraires, comme par exemple les chants de lamentation, les danses acrobatiques ou les masques, se déroulent toujours de façon spectaculaire et somptueuse.

Musiciens pendant des funérailles

Les chants traditionnels funèbres au balafon et les pleurs, contribuent à l’apaisement de la famille endeuillée. L’ensemble des rites permettent aux proches de retrouver la paix intérieure, de se protéger contre les mauvais esprits et de préserver l’ordre social au sein du groupe. 

Les solennités se déroulent en deux étapes : l’inhumation, ensuite les funérailles proprement dites. Ces deux cérémonies d’hommage peuvent être organisées en une seule fois ou à deux moments différents.

Funérailles d'un homme

Tout d’abord, il y a les « funérailles fraîches », qui durent une journée et qui se déroulent pendant les jours suivants le décès. Seulement les personnes proches sont autorisées d’y assister. Des hommes masqués encerclent le corps et parlent au mort pour l’apaiser. Ils jouent sur un tambour posé sur le corps et en même temps ils agitent des grelots. A travers ces gestes le souffle quitte le corps plus facilement.

Le défunt est enterré avec ses biens personnels, avec des statues qui représentent les membres de sa lignée et des offrandes. La tombe est décorée avec des tessons. Ils déposent sur la tombe des boissons et des aliments pour son voyage dans l’au-delà. Ces provisions sont renouvelées fréquemment.

Des femmes préparent le repas de deuil qui est ensuite distribué aux invités.

Plus tard, parfois plusieurs années après l’inhumation du défunt, ont lieu les « funérailles sèches ». Ces évènements sont organisés pendant la saison sèche, après les récoltes.

Il s’agit principalement des rites de purification qui s’étendent sur plusieurs jours et qui accompagnent le défunt vers l’au-delà. Avant de retrouver les ancêtres, l’âme peut traverser des régions dangereuses, rencontrer des créatures effrayantes.

Le rôle de la communauté est d’aider l’âme à rejoindre les ancêtres de la meilleure façon.

Masque funéraire Wanyugo
Masques funéraires Wambêlê

Ces festivités, marquées par les danses funèbres et les festivités, représentent un moment religieux de grande importance. Leur vocation est de persuader les esprits des ancêtres d’accueillir le défunt.

Des danseurs masqués et des musiciens sont présents pendant toute la cérémonie. Les masques religieux portés par les hommes symbolisent des animaux mystiques censés effrayer et chasser les mauvais esprits. Afin de bien accueillir le défunt les ancêtres reçoivent de nombreuses offrandes.

Les Sénoufos organisent tous les ans une cérémonie en honneur des morts.

Les morts renaissent en tant qu’esprit ancêtre.

 

Le calao représente l’oiseau protecteur qui transporte les âmes des défunts dans l’autre monde. Il évoque la prospérité, la détermination, la résilience. 

Dans les mythes sénoufos le calao représente un des cinq animaux apparus sur terre avec le caméléon, la tortue, le serpent et le crocodile.

Sculpture calao
Calao
Le rite PORO: l’initiation à la connaissance profonde

A partir de sept ans, les Sénoufos suivent des rites initiatiques dans les bois sacrés qui abritent les âmes des ancêtres. Ces bois, strictement interdits aux non-initiés, sont considérés comme le lieu où réside la divinité Katieleo, la vieille mère du village. L’instruction, soumise au secret, est généralement dispensée par les anciens initiés.

Le Poro représente le rite le plus important et le plus long. Parfois une vie entière est nécessaire pour atteindre le degré suprême de la connaissance. Ce rite permet d’entrainer et de former l’homme aux épreuves de la vie, d’acquérir la maitrise de soi-même. Les âmes des morts bénéficient d’une vénération particulière et tous les actes du Poro manifestent la volonté des ancêtres.

Habitation Sénoufo

Ce rite participe à la transmission des savoirs, au maintien des traditions et au renforcent de l’harmonie sociale. Il existe de nombreux Poro, selon les régions, les sous-groupes ethniques et les métiers (forgerons, sculpteurs, agriculteurs…).

En réalité c’est un système d’instruction réservé aux hommes. Les femmes ont le droit d’être initiées au premier cycle, puis elles doivent se marier.

Le Poro est aussi un instrument politique. Les hommes qui n’ont pas accompli le « Tyolog » jusqu’au grade de « Kafolo » sont marginalisés, vivent en marge de la société et ne peuvent détenir aucun rôle au sein de la communauté.

Celui qui n’a pas fait son initiation ne peut pas prendre la parole en public, ni bénéficier des services funéraires du Poro, ou être enterré par le Poro, ce qui représente, aux yeux de tous, une mauvaise mort.

Le cycle initiatique Poro est constitué de phases, divisées en échelons qui correspondent à des idées mythologiques.

L’initiation est divisée en plusieurs étapes principales :

1 – le poworo correspond à la période prépubère. Au cours de cette phase les enfants de 6 à 10 ans apprennent les symboles de l’initiation.

2 – le kwonro correspond à l’adolescence. Les jeunes sont initiés à la vie en groupe, apprennent la fabrication des costumes rituels et des accessoires liturgiques, les danses cérémonielles et les chants rituels.

Bois sacré vu de l'intérieur

3 – le tyolog est enseigné généralement entre 30 et 35 ans. Cette phase incite à la réflexion sur le sens de la vie, un certain nombre de secrets (la théologie, la philosophie, le comportement social) sont révélés. Ils apprennent une langue liturgique, changent de nom à chaque phase et gardent le dernier nom jusqu’à la mort.

4 – le kaffono représente la dernière étape, celle qui permet d’atteindre la connaissance suprême et l’intronisation définitive parmi les initiés masqués. Chaque individu doit obéissance et soumission totales aux membres des promotions antérieures même s’il a atteint le grade de kafo.

Au moment de la mort, pour tous ceux qui ont obtenu ce degré, les funérailles sont assurées par les membres du Poro.

Dans une société qui ignorait l’écriture, où tout l’enseignement était dispensé oralement, le Poro représente une organisation parfaite et très efficace dans la transmission des connaissances à travers les générations.

Sources:

Germain GUEHI, Les rites mortuaires, ou l’art de pleurer un défunt au-delà des mots, dans des chants traditionnels funèbres de balafon des Senoufo-Nafana de Mahadou Siefiguekaha et de Soro Mariam, Voix plurielles, 2022 (https://doi.org)

András Zempleni, L’invisible et le dissimulé. Du statut religieux des entités initiatiques, Gradhiva : revue d’histoire et d’archives de l’anthropologie, 1993 (https://www.persee.fr)

Burkina Faso : Funérailles sèches chez les Dozo du pays Sénoufo (https://www.toucan-photo.com)

Bohumil Holas, Fondements spirituels de la vie sociale sénoufo, Journal des Africanistes, 1956 (https://www.persee.fr)

Bohumil Holas, Les Sénoufo (y compris les Minianka), L’Harmatthan, 2006

Les peuples Ivoriens lèvent le masque, (https://peuplesivoiriens.wordpress.com)

Raulin Henri, Montserrat Palau Marti, Les Dogon; Bohumil Holas, Les Senoufo (y compris les Minianka); J. Lombard, Les Bariba au Nord Dahomey, Annales, 1959

Wikipédia, Sénoufos (https://fr.wikipedia.org)

Behegbin B, Djaha K, Djedon S, Able Kouassi A, Le Poro chez les Sanoufo de Côte d’Ivoire

Musée du Quai Branly, (https://collection-lacharriere.quaibranly.fr)

Les Sénoufos, (https://rezoivoire.net/ivoire)

Spiritualité Autochtone