Coutumes et traditions funéraires
Croyances sur la mort

Nouvel Article : Le monde invisible des Inuits : l’âme, les chamanes et les esprits

Les Inuits sont un groupe de peuples autochtones qui partagent des similitudes culturelles et une origine ethnique commune. Ils vivent dans les régions arctiques de l’Amérique du Nord. 

Les Inuits ne vénèrent aucun dieu. 

Ces civilisations sont dans une approche plus naturelle et croient notamment en une « Terre mère ». La terre, la mer, les animaux sont tous une part du divin, et vivent en fraternité avec tous les êtres vivants. Ils croient également que tout être, qu’il soit humain, animal, ou végétal, possède une âme ou un souffle qui perdure après la mort. Mourir c’est juste passer du monde physique vers le monde spirituel.

L’âme d’une personne est éternelle, elle fait partie d’un tout transcendant. Pour les Inuit, cette composante est localisée dans l’aine. Elle est invisible aux gens ordinaires et visible pour les chamanes. 

Chamane
Lieu d'enterrement

Il y a un monde souterrain, situé sous la terre et la mer, dans lequel vivent les âmes en quête de purification. Ensuite elles peuvent voyager vers le Pays de la Lune, afin d’y trouver le repos et la paix éternels. Tous ceux qui ont vécu une vie pure ou se sont purifiés peuvent accéder au Pays de la Lune, les autres continuent à se réincarner sur terre.

Les Inuits considèrent que tout être humain se compose d’un corps physique, d’une âme (l’image miniature du corps décrite comme une ombre), et d’un nom. Pour vivre, un être humain est composé d’un souffle et d’une vitalité. Au moment de la mort, le corps cède son souffle et sa vitalité. 

La mort représente un processus au cours duquel les composantes de la personne se désolidarisent : le corps se décompose, l’âme part rejoindre le pays des morts, le nom est transmis à une autre personne, tandis que le souffle retourne au Silla. 

Silla représente l’univers, une force invisible partagée entre tous les êtres vivants, l’élément primordial de tout ce qui existe, le souffle de la vie et la nature-même de tout mouvement. Silla contrôle tout ce qui se passe pour la vie d’un individu.

La période de deuil dure cinq jours et durant cette période, il faut respecter les rituels afin d’assurer au défunt un passage sécuritaire entre les mondes. Si les vivants ne respectent pas les désirs du défunt ou si des règles sociales sont transgressées, certaines âmes peuvent devenir des mauvais esprits qui rôdent dans les communautés et sèment la maladie et la souffrance.

La famille vide la maison et la purifient par un nettoyage approfondi et des fumigations. Certains produits alimentaires ne sont pas autorisés pendant la période de deuil. Parfois, les membres de la communauté doivent porter des armes en cas de rencontre avec un esprit maléfique.

Famille Inuit

Le village entier vient disposer autour du mort des objets de la vie quotidienne qui pourront lui être utiles dans l’autre monde: par exemple les armes de chasses, les ustensiles de pêche, pour les hommes, ou les aiguilles de couture pour les femmes. L’homme est accompagné de ses vêtements et de l’instrument de chasseur pêcheur. Les femmes sont entourées de leurs instruments de coutures et de ce qu’elles ont aimé pendant leur vie.

Le corps du défunt est gardé toute la nuit dans la maison, entouré d’un linceul en peau d’animaux (le plus souvent de phoque), et de lanières de cuir, pour forcer son esprit à rester avec le cadavre jusqu’à sa sépulture définitive.

Pour ne pas porter malheur aux chasseurs, le défunt est sorti par un mur percé en face de la maison ou par l’arrière, ensuite placé au sommet d’une colline ou à l’arrière de sa demeure. Le froid assure sa conservation.

Masque chamanique Inuit

Les Inuits d’Asie brûlent leurs morts, ceux situés à l’est du Groenland les envoient à la mer, tandis que la grande majorité enterre leurs morts sous un tas de pierres, au fond d’une grotte ou ils déposent le corps à l’extérieur pour être mangé par les oiseaux.

Son nom n’est plus prononcé jusqu’à ce qu’il soit de nouveau donné au prochain enfant à naître. De cette façon les défunts continuent à vivre à la fois au travers des vivants et au sein d’autres mondes. Ainsi ils transmettent des valeurs, des caractéristiques et des destinées, permettant aux défunts de revivre d’une certaine façon après leur mort.

Sépulture Inuit

Les aînés inuits ne craignent pas la mort car la mort n’est pas une fin. Quand une vieille femme n’a plus de dents à force d’avoir trop travailler les peaux de phoques, quand un vieillard est devenu trop faible pour chasser, quand les hommes et les femmes deviennent un poids pour leur communauté, ils « partent sur la glace », comme ils disent. 

Selon certains, par sacrifice pour le reste de leur famille, ils vont se laisser attraper par le froid mordant et mourir.

Cela s’appelle le suicide institutionnel.

A ce sujet essayons aussi de comprendre la pensée inuite qui prêche la recherche d’une mort rapide et digne.  

Le comportement moral du défunt et la façon dont il meurt, déterminent le cheminement de l’âme dans l’au-delà. Une mort lente retarde l’âme sur son chemin vers l’au-delà, tandis qu’une mort rapide, même violente, permet à l’âme de quitter le corps rapidement et d’aller tout droit vers Le Pays de la Lune.

Cette perception permet à une personne de décider de mettre fin à ses jours plus tôt que d’attendre une mort naturelle. Un aîné de la communauté des Inuits traditionnels peut choisir quand et comment mourir.

Pour les Inuits, l’euthanasie ou l’abandon représente le choix de l’individu de mettre fin à la vie rapidement et de poursuivre son voyage vers l’au-delà.

Personne âgée sur la glace
Femme mâchant la peau pour l'assouplir

Dans « White Lies about the Inuits », John Steckley dit : 

« La première erreur a été d’interpréter l’euthanasie des personnes âgées en cas de très mauvaise santé comme un abandon pour le bien du groupe plutôt que de l’individu.

La seconde était de percevoir cette pratique rare comme courante…. 

La troisième erreur a été d’interpréter l’abandon des personnes âgées comme permanent et nécessairement fatal alors que l’intention était temporaire, avec des espoirs de sauvetage ».

Sources :

Jean Pierre Mohen, Les rites de l’au-delà, Ed. Odile Jacob, 2010

Les rites funéraires des Inuits, (https://www.dansnoscoeurs.fr)

Daniel Pouget, Rites funéraires (https://www.lavanaude.org)

A la découverte de l’Arctique – par Arctik Solo (http://projet-arctique)

Frédéric Laugrand, Lorsque des aînés évoquent la beauté de l’au-delà… ou ce que disent les expériences de mort imminente chez les Inuits du Nunavut (https://www.erudit.org)

Knud Rasmussen, Observations on the Intellectual Culture of the Caribou Eskimos, Forgotten Books, 2018 

Les métamorphoses de SILA : mythologie et chamanisme des Inuits (https://agoras.typepad.fr)

Knud Rasmussen, The Netsilik Eskimos: Social Life and Spiritual Culture, Copenhagen : Gyldendal, 1931

Wikipedia, Inuits (https://fr.wikipedia.org/wiki/Inuits)

Traditional Inuit and Their Perception of Death (https://www.deathaspect.org)

Wikipedia, Silap Inua (https://fr.wikipedia.org)

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