Coutumes et traditions funéraires
Croyances sur la mort
Note: Cet article s’intéresse aux Inuits qui vivaient selon le mode de vie traditionnel, avant la première partie du XXe siècle
Les Inuits sont un groupe de peuples autochtones qui partagent des similitudes culturelles et une origine ethnique commune. Ils vivent dans les régions arctiques de l’Amérique du Nord.
Les Inuits ne vénèrent aucun dieu.
Ces civilisations adoptent une approche plus proche de la nature et croient notamment en une « Terre mère ». La terre, la mer, les animaux sont tous une part du divin, et vivent en fraternité avec tous les êtres vivants. Ils croient également que tout être, qu’il soit humain, animal, ou végétal, possède une âme ou un souffle qui perdure après la mort. Mourir c’est juste passer du monde physique vers le monde spirituel.
Dans la cosmologie inuit, l’âme est une partie éternelle d’un tout transcendant, symboliquement située dans la région de l’aine. Elle est invisible pour la plupart d’entre eux, mais perceptible par les chamans.


Il y a un monde souterrain, situé sous la terre et la mer, dans lequel vivent les âmes en quête de purification. Ensuite elles peuvent voyager vers le Pays de la Lune, afin d’y trouver le repos et la paix éternels. Tous ceux qui ont vécu une vie pure ou se sont purifiés peuvent accéder au Pays de la Lune, les autres continuent à se réincarner sur terre.
Les Inuits considèrent que tout être humain se compose d’un corps physique, d’une âme (l’image miniature du corps décrite comme une ombre), et d’un nom. Pour vivre, un être humain est composé d’un souffle et d’une vitalité. Au moment de la mort, le corps cède son souffle et sa vitalité.
La mort représente un processus au cours duquel les composantes de la personne se désolidarisent : le corps se décompose, l’âme part rejoindre le pays des morts, le nom est transmis à une autre personne, tandis que le souffle retourne au Silla.
Silla représente l’univers, une force invisible partagée entre tous les êtres vivants, l’élément primordial de tout ce qui existe, le souffle de la vie et la nature-même de tout mouvement. Silla contrôle tout ce qui se passe pour la vie d’un individu.
Les malades sont isolés, avec un peu de nourriture, dans une petite maison ou cabane de neige. Ils affrontent la mort sans peur, ni résistance, avec courage. À mesure que la fin approche, leurs proches cessent de leur rendre visite et ils se retrouvent seuls face à la mort.
La coutume d’isoler les malades permet de préserver leurs biens, car si quelqu’un meurt dans la cabane, tout doit être ensuite détruit ou jeté. La famille vide la maison et la purifient par un nettoyage approfondi et des fumigations.
Lorsqu’on annonce le décès d’un proche, les membres de la famille se prosternent et pleurent, selon un rituel funéraire traditionnel et solennel. Seuls les membres de la famille sont autorisés à toucher le corps.


Les villageois affluent et déposent autour du défunt des objets du quotidien qui pourraient lui être utiles dans l’autre monde : armes de chasse ou ustensiles de pêche pour les hommes, aiguilles à coudre pour les femmes.
Les hommes sont accompagnés de leurs vêtements et de leur matériel de chasse et de pêche. Les femmes sont entourées de leurs instruments de couture, de leurs pots, de leurs lampes, de leurs couteaux et de quelques objets qui leur étaient chers de leur vivant.
Les objets entourant le défunt ainsi que la sépulture sont traités avec le plus grand respect et ne sont pas retirés tant que l’identité du propriétaire de la tombe est connue.

Le corps du défunt est gardé toute la nuit dans la maison, entouré d’un linceul en peau d’animaux (le plus souvent de phoque), et de lanières de cuir, pour forcer son esprit à rester avec le cadavre jusqu’à sa sépulture définitive. L’orientation des pieds du défunt dépend généralement de son âge.
Pour ne pas porter malheur aux chasseurs, les proches parents retirent le défunt par un mur percé d’un trou à l’avant ou à l’arrière de la maison. Ils évitent d’utiliser un traîneau, car celui-ci doit rester ensuite auprès du défunt. De plus, les chiens ne sont jamais autorisés à tirer un traîneau dans ces circonstances. Le corps est ultérieurement déposé au sommet d’une colline, au fond d’une grotte ou derrière sa maison. Le froid extérieur assure sa parfaite conservation.
La plupart des Inuits enterrent leurs morts sous un amas de pierres. Parfois, ils laissent le corps à l’extérieur, en pâture aux oiseaux. Les Inuits originaires d’Asie avaient coutume de brûler leurs morts, tandis que ceux de la côte est du Groenland les envoyaient à la mer.
Après leur retour des funérailles, les proches retournent dans la hutte pendant trois jours pour faire une partie de leur deuil. Durant cette période, ils ne se coiffent pas et se couvrent les narines d’un morceau de peau de daim. Si le décès a eu lieu à l’intérieur de la hutte, ils la quittent définitivement.
Si les vivants ne respectent pas les désirs du défunt ou si des règles sociales sont transgressées, certaines âmes peuvent devenir des mauvais esprits qui rôdent dans les communautés et sèment la maladie et la souffrance.
Durant les cinq jours de deuil, il est impératif de respecter tous les rites. Cela garantit au défunt un passage sûr entre les mondes. Si la famille ne respecte pas les dernières volontés du défunt ou transgresse les règles sociales, certaines âmes pourraient se transformer en esprits maléfiques qui errent autour de la communauté et sèment la maladie et la souffrance.

Pendant trois ou quatre jours, les villageois n’utilisent pas leurs chiens, les femmes cessent tout travail et, pendant au moins une journée, les hommes n’ont pas le droit de chasser. À partir du deuxième jour suivant l’enterrement et jusqu’au sixième, les hommes peuvent chasser, mais sans chiens ni traîneaux ; ils se déplacent à pied et ramènent eux-mêmes le gibier.
Par la suite, les proches retournent sur la tombe, en apportant des offrandes de nourriture et s’adressent au défunt, en faisant le tour du tombeau dans le sens du mouvement apparent du soleil dans le ciel. Chaque année, et chaque fois que leurs voyages les mènent dans cette région, ils se rendent sur la tombe, apportant de la nourriture en offrande au défunt.
Certains produits alimentaires ne sont pas autorisés pendant la période de deuil. Parfois, les membres de la communauté doivent porter des armes en cas de rencontre avec un esprit maléfique. En signe de deuil, pendant un an, ils ne peuvent participer à aucune fête et il leur est interdit de chanter certains chants.
Il est interdit de prononcer son nom avant qu’il ne soit donné à un enfant à naître. Ainsi, le défunt continue de vivre simultanément à travers les êtres vivants et dans les autres mondes.
Un jeune Inuit peut recevoir de nombreux noms, notamment ceux de ses proches décédés avant ou après sa naissance.
Ceci représente une manière de transmettre des valeurs, des caractéristiques et des destins. De ce fait, le défunt peut renaître, symboliquement, même après sa mort.
Pour protéger un enfant malade, l’angakut peut changer son nom ou le consacrer à Sedna comme un chien, en lui donnant un nom canin et en lui faisant porter pendant le reste de sa vie un harnais sous ses vêtements.

Les Inuits d’Asie brûlent leurs morts, ceux situés à l’est du Groenland les envoient à la mer, tandis que la grande majorité enterre leurs morts sous un tas de pierres, au fond d’une grotte ou ils déposent le corps à l’extérieur pour être mangé par les oiseaux.
Son nom n’est plus prononcé jusqu’à ce qu’il soit de nouveau donné au prochain enfant à naître. De cette façon les défunts continuent à vivre à la fois au travers des vivants et au sein d’autres mondes. Ainsi ils transmettent des valeurs, des caractéristiques et des destinées, permettant aux défunts de revivre d’une certaine façon après leur mort.

Les aînés inuits ne craignent pas la mort car la mort n’est pas une fin. Quand une vieille femme n’a plus de dents à force d’avoir trop travailler les peaux de phoques, quand un vieillard est devenu trop faible pour chasser, quand les hommes et les femmes deviennent un poids pour leur communauté, ils « partent sur la glace », comme ils disent.
Selon certains, par sacrifice pour le reste de leur famille, ils vont se laisser attraper par le froid mordant et mourir.
Cela s’appelle le suicide institutionnel.
A ce sujet essayons aussi de comprendre la pensée inuite qui prêche la recherche d’une mort rapide et digne.
Le comportement moral du défunt et la façon dont il meurt, déterminent le cheminement de l’âme dans l’au-delà. Une mort lente retarde l’âme sur son chemin vers l’au-delà, tandis qu’une mort rapide, même violente, permet à l’âme de quitter le corps rapidement et d’aller tout droit vers Le Pays de la Lune.
Cette perception permet à une personne de décider de mettre fin à ses jours plus tôt que d’attendre une mort naturelle. Un aîné de la communauté des Inuits traditionnels peut choisir quand et comment mourir.
Pour les Inuits, l’euthanasie ou l’abandon représente le choix de l’individu de mettre fin à la vie rapidement et de poursuivre son voyage vers l’au-delà.


Dans « White Lies about the Inuits », John Steckley dit :
« La première erreur a été d’interpréter l’euthanasie des personnes âgées en cas de très mauvaise santé comme un abandon pour le bien du groupe plutôt que de l’individu.
La seconde était de percevoir cette pratique rare comme courante….
La troisième erreur a été d’interpréter l’abandon des personnes âgées comme permanent et nécessairement fatal alors que l’intention était temporaire, avec des espoirs de sauvetage ».

Sources :
Jean Pierre Mohen, Les rites de l’au-delà, Ed. Odile Jacob, 2010
Les rites funéraires des Inuits, (https://www.dansnoscoeurs.fr)
Daniel Pouget, Rites funéraires (https://www.lavanaude.org)
A la découverte de l’Arctique – par Arctik Solo (http://projet-arctique)
Frédéric Laugrand, Lorsque des aînés évoquent la beauté de l’au-delà… ou ce que disent les expériences de mort imminente chez les Inuits du Nunavut (https://www.erudit.org)
Knud Rasmussen, Observations on the Intellectual Culture of the Caribou Eskimos, Forgotten Books, 2018
Les métamorphoses de SILA : mythologie et chamanisme des Inuits (https://agoras.typepad.fr)
Knud Rasmussen, The Netsilik Eskimos: Social Life and Spiritual Culture, Copenhagen : Gyldendal, 1931
Wikipedia, Inuits (https://fr.wikipedia.org/wiki/Inuits)
Traditional Inuit and Their Perception of Death (https://www.deathaspect.org)
Wikipedia, Silap Inua (https://fr.wikipedia.org)