Coutumes et traditions funéraires
Croyances sur la mort

Le peuple Kanak est un peuple autochtone de la Nouvelle-Calédonie dans le Pacifique Sud. Le terme de « kanak » vient de l’hawaïen « kanaka » signifiant  homme, être humain ou homme libre.

Les coutumes Kanaks sont issues de rites très anciens. Pour eux il y a une vie après la mort, les morts continuent de jouer un rôle essentiel dans la société des vivants. Ils considèrent que le décès représente juste un changement d’enveloppe, l’âme s’en va vers d’autres horizons.

De nombreux textes oraux, discours de cérémonies ou récits mythiques, situent le pays des morts simultanément dans un trou d’eau et sur le sommet d’une montagne. Cela symbolise un pays lointain, invisible et inaccessible.

Hommes et femmes Kanak

Le pays des morts kanak est imperceptible et omniprésent, lointain et proche à la fois, il est inconnu et pourtant familier. Il est l’autre monde, il est ce que nous ne voyons pas mais qui pourtant existe. L’entrée au pays des morts correspond à un rituel de passage bien défini. La tradition orale est un élément indispensable au bon déroulement de l’ensemble des rituels funéraires.

Lors de certaines cérémonies de la tradition orale, l’orateur utilise les schèmes de la montée pour atteindre les esprits des ancêtres, afin que ceux-ci fassent descendre sur les hommes leurs bienfaits. Il s’agit, dans le contexte kanak, de la manifestation d’une immanence, d’une force invisible qui apparaît à travers la communication entre les esprits et les êtres humains. L’orateur s’adresse autant au monde des morts qu’à celui des vivants. 

C’est leur ancienneté qui confère de la puissance aux discours, aux récits et aux chants. La citation, des noms de clans, de lieux, d’ancêtres, des noms d’ignames ou d’autres végétaux symboliques est rigoureusement réglementée, régie par des tabous forts. 

L’orateur se prépare plusieurs jours à l’avance tout en respectant des interdits alimentaires et sexuels. Il mâche certaines feuilles pour « délier sa langue » et pour que sa parole soit « fluide ».

Les funérailles sont constituées de plusieurs étapes : 
– l’inhumation
– la prestation pour la famille maternelle du défunt
– la cérémonie dite « griller les ignames » qui représente la levée de deuil.

L’enterrement traditionnel du défunt se déroule différemment d’une région à une autre : le corps accroupi ficelé dans une natte avec deux anses, l’exposition au sol, le transport sur perche par deux porteurs, l’ensevelissement sauf la tête, le port de masques s’il s’agit d’un notable, le rite de capture de l’esprit du mort dans une pierre, le rite de la razzia des clans maternels.

Cérémonie Kanak

En règle générale des deuilleurs sont nommés parmi les parents paternels. Ils restent en état d’interdit durant toute la période du deuil : ils se laissent pousser la barbe et les cheveux (qu’ils cachent sous un turban), ils restent chastes et respectent des tabous alimentaires. Leur rôle est d’accomplir différents rites, dont la capture de l’esprit du défunt. L’esprit s’échappe du corps après la mort, et pour maintenir sa nouvelle puissance dans le cadre du clan il faut l’attraper.

L’esprit se manifeste lorsque le cadavre, commence à sentir dans le souffle du vent. L’esprit prend alors la forme du totem. Les deuilleurs l’attrapent, l’enveloppent dans une étoffe d’écorce et plongent le paquet dans l’eau. Celui-ci devient alors pierre, une pierre d’abondance, ou une pierre de guerre selon le statut du défunt.

Ce rite de capture de l’esprit du mort dans une pierre, qui renferme toute sa puissance, facilite le départ du défunt vers l’au-delà. Il s’agit d’une séparation douloureuse, entre l’esprit et le corps, qui permet au mort et aux vivants de se détacher affectivement.

Longtemps après, les deuilleurs dispersent les ossements. Le crâne est nettoyé et placé sur un autel où se trouvent les crânes des ancêtres.

Dans la région d’Houaïlou les funérailles de déroulent pendant une période de vingt jours, en quatre étapes. Les deux premières périodes constituent successivement un exemple de rite d’élévation et d’inversion de statut.

Pendant la première période ils choisissent les deuilleurs de la parenté paternelle qui doivent veiller le mort dans sa case et capturer son esprit. Le cinquième jour, ils emportent le mort dans la brousse, dans un lieu tabou marqué par les perches. Ils y restent jusqu’à la décomposition complète du cadavre. 

Cette étape, se termine lorsqu’ils rentrent au village avec le crâne du mort, et marquent par cet acte leur réintégration. Il s’agit d’un rite d’élévation de statut, car les deuilleurs, tout en se situant sur le seuil entre les deux mondes, accompagnent le défunt dans son passage vers l’au-delà. 

Cette période comporte une part d’abaissement et de douleur acceptée.

La seconde période du deuil est un rite d’inversion des statut. Les parents maternels de la personne décédée, convoqués pour la cérémonie, arrivent et éprouvent traditionnellement un sentiment de colère vis-à-vis du groupe des parents paternels, qui n’avait pas su maintenir en vie leur proche. 

Hommes Kanak

Cette rancœur s’exprime de façon institutionnelle, lors du rite d’attaque des parents paternels : un jeu rituel où le groupe des parents maternels, armés de casse-tête et de massues, agressent physiquement les parents paternels, tout en les insultant par des termes très provocants. Ces derniers doivent se défendre sans avoir le droit de frapper à leur tour les assaillants et se jettent à l’eau. Ensuite, suivant un rite spécifique, les parents maternels détruisent à coups de hache la case de leur proche défunt et s’approprient tous ses biens. 

La troisième période consiste en une succession de rites divers, de sacrifices et d’échanges de cadeaux avec la famille maternelle. Les clans expriment leur importance par des discours dans lesquels ils doivent citer les noms des ancêtres de tous les clans.

Enfin, à la quatrième période, les deuilleurs installent le mort dans la forêt et interdisent l’accès au cadavre par une perche plantée à l’entrée du sentier. Cette perche est ornée de bouquets et d’étoffe d’écorce.

Il est intéressant de noter que les visions de l’au-delà sont toujours des images de chaos. Les morts sont emportés dans une danse circulaire perpétuelle, leur univers représente un monde inversé.

Leur habitat est un lieu inhospitalier et inaccessible. Ils se font remarquer par les vivants grâce à leur odeur de chair décomposée. Leur nourriture est composée de matières non comestibles comme des pierres, des végétaux pourris ou des vers annelés.

Ces masques kanak sont associés à la fin du deuil. La coiffe est faite à partir des cheveux des personnes en deuil qu’ils avaient laissé pousser en signe de deuil.

Danse Kanak

Sources :

Wikipédia Kanak (https://fr.wikipedia.org/wiki/Kanak)

Dominique Bretteville, « L’os et le souffle » Protocole et valeurs ultimes chez les Paimboas

Julia Ogier-Guindo, Le pays invisible, Représentations de la mort dans les discours cérémoniels kanak (Nouvelle-Calédonie)

Julia Ogier-Guindo, Étude d’un genre cérémoniel de la tradition orale ajië, le vivaa (Nouvelle-Calédonie)

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