Coutumes et traditions funéraires
Croyances sur la mort

Les Ojibwés (Ojibway) ou Chippewa (Chippeway) sont un peuple autochtone du Canada (Ontario et Saskatchewan) et des États-Unis (Minnesota, Wisconsin, Montana et Dakota du Nord).

Ils considèrent que le Grand Esprit est le créateur du monde et de tous les êtres vivants. Pour les Ojibwés la parole possède une capacité créatrice, le temps et l’espace sont de forme circulaire.

Les Ojibwés comparent le déroulement de la vie à l’ascension d’une montagne : compliquée, pleine de dangers, de désastres et d’imprévus. L’esprit n’est que le locataire du corps physique pendant cette vie. Après l’accomplissement de sa mission sur terre le corps physique meurt et l’esprit retourne dans l’au-delà.

Tous les êtres humains sont composés de plusieurs éléments:
– un corps physique, qui se décompose et disparaît après la mort,
– une âme ou un esprit, qui voyage dans d’autres mondes,
– une ombre

Les animaux, les plantes, l’eau, le feu,… et même les objets (comme le canot d’écorce de bouleau) possèdent un esprit.

Famille Ojibwé

Ils sont profondément spirituels, croient aux esprits des ancêtres, reçoivent conseils et sagesse en communiquant avec des forces surnaturelles. Les adolescents (filles et garçons) pratiquent des recherches spirituelles, apprennent à connaître le monde réel, tangible, mais aussi les chemins vers le monde des esprits et le pays des morts.

A travers diverses pratiques, comme l’isolement et le jeûne, ils apprennent à voyager à l’intérieur d’eux-mêmes, avoir des visions, rencontrer leurs esprits gardiens, maitriser leur volonté, leur imagination et leurs pensées.

Les chamans guérissent les malades et communiquent avec les esprits à travers le rite de la « tente tremblante ».

La mort d’un membre de la tribu représente une opportunité de se connecter avec le monde des esprits. Les funérailles sont joyeuses, ils chantent et jouent du tambour, racontent des histoires drôles. L’au-delà représente la terre du bonheur éternel. Ils ne font aucune allusion directe au décès.

Après la mort, le corps est gardé quatre jours à proximité de la maison. Il n’est pas déposé à l’intérieur de la maison car l’esprit peut ensuite refuser de partir. Pendant la période de quatre jours les vivants prient et chantent.

Une cérémonie rythmée au son des tambours accompagne le défunt vers le monde des esprits. Toute la communauté participe à cette célébration, censée aider et encourager le défunt dans ses épreuves, mais aussi apaiser ceux qui restent.

La famille lui fait des offrandes de nourriture et de tabac. Le tabac, la sauge, l’herbe douce et le cèdre représentent les quatre remèdes sacrés Ojibwés.

Maison funéraire
Huttes funéraires

En même temps l’âme entame un voyage de quatre jours vers l’ouest, jusqu’à sa destination finale. Ce voyage lui permet de se confronter à diverses épreuves.

Sur son chemin elle peut être tentée de manger diverses baies. L’âme ne doit surtout pas s’arrêter et les manger car sinon elle risque de rester bloquée éternellement dans cet endroit.

Ensuite elle doit traverser une rivière sur un tronc glissant. Si l’âme échoue cette épreuve elle est oubliée pour toujours. Après avoir franchi toutes les épreuves, l’âme peut rejoindre le monde des ancêtres qui ont déjà accompli leur voyage dans l’au-delà.

Les Ojibwés nettoient le corps et l’habillent avec des vêtements spécifiques.

La famille allume un feu dans la maison, et le gardent allumé jusqu’au cinquième jour après le décès. Ils peuvent l’éteindre seulement après l’enterrement.

Ils fabriquent un serpentin en bouleau et le pendent à la porte d’entrée. Les Ojibwés croient que les esprits ont peur des serpents et qu’en voyant ce symbole ils comprennent qu’ils doivent voyager seuls.

Le bouleau est sacré et possède un pouvoir protecteur. Son écorce est utilisée pour envelopper le corps avant d’être enterré. Ils placent des allumettes d’écorce de bouleau à l’intérieur du cercueil, pour que l’esprit puisse allumer le feu.

Ils rajoutent de la nourriture, de l’eau, des outils de chasse, du tabac et des vêtements, car l’esprit peut en avoir besoin pendant son voyage.

La dernière nuit, la famille organise un repas solennel. C’est l’occasion d’offrir, pour la dernière fois, de la nourriture au mort. À la fin du repas, ils font une dernière offrande en fumant du tabac ou en le mettant directement dans le feu.

Ensuite, le chaman s’adresse directement à l’esprit et lui détaille le chemin qu’il doit parcourir dans son voyage vers l’au-delà.

Famille Ojibwé devant leur hutte
Huttes Ojibwés

Les enfants ne participent généralement pas aux funérailles car ils sont considérés comme étant sensibles aux esprits. Ils croient que le charbon de bois protège les enfants des esprits errants. S’ils y assistent, ils portent du charbon de bois sur le front pour altérer la perception des esprits.

Le charbon de bois est censé rendre le visage flou, donc l’esprit ne peut pas voir qu’il s’agit d’un enfant. Pendant toute la cérémonie les enfants doivent éviter tout contact visuel avec les autres, au cas où l’esprit essaie de leur parler à travers eux.

Il s’agit d’une pratique plus générale, celle de la purification du charbon de bois sur le front des nourrissons et des enfants avant le coucher. 

L’âme peut communiquer avec la famille à travers les rêves. Dans ce cas ses demandes doivent être honorées. Parfois l’esprit peut se sentir seul et peut demander à quelqu’un de venir vivre avec lui. Il faut dire « non ».

Une âme solitaire ou une âme errante qui n’a pas franchi l’étape des tentations, peut vouloir emporter l’esprit d’une autre personne.

Les Ojibway enterrent le corps dans un trou peu profond et par-dessus ils placent des huttes appelées maisons des esprits. Après les funérailles, ils se débarrassent des affaires du défunt. Souvent, les objets sont brûlés ou jetés dans une rivière.

A la mort d’un enfant ils tressent une petite poupée avec ses cheveux appelée la poupée de chagrin. La mère la porte avec elle pendant toute la période de deuil qui dure une année.

Sources:

Éric Navet, L’occident barbare et la philosophie sauvage : essai sur le mode d’être et de penser des indiens Ojibwé

Karen Hoffmann & Éric Navet, Le coût du risque Les peuples autochtones et le “meilleur des mondes“

Charles A. Bishop, Ojibwés (https://www.thecanadianencyclopedia.ca)

Derek G. Smith, Religion et spiritualité des Autochtones au Canada (https://www.thecanadianencyclopedia.ca)

Les peuples Amérindiens, (http://amerindien.e-monsite.com)

Éric Navet, Des sociétés de rêve : natures, savoirs et savoir-vivre des sociétés chamaniques (https://horizon.documentation.ird.fr)

Ellary Allis, The Spirit of the dead according to Ojibwe beliefs

Ojibwe Confessions: Indigenous View Point

(http://rightojibwe.blogspot.com)

Dr. Kelly S. Meier, Ojibwe Funeral Traditions

Death: Ojibwe Traditions & Beliefs

(https://eantinello.wixsite.com)

Spiritualité Autochtone