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Le terme Inuk signifie un être humain, mais aussi une substance immortelle qui vit dans un être ou dans un objet. Le pluriel d’Inuk est Inuit.

Attrape âme

Pour les Inuits, la réalité est à la fois visible et invisible. En principe, il y a des forces et des êtres des deux côtés. Ainsi, les âmes peuvent se déplacer régulièrement d’un côté à l’autre. Le monde matériel, perceptible aux sens, n’est aux yeux des Inuit qu’une facette de la réalité, éphémère et périssable.

D’autre part, les rêves ou les expériences mystiques, bien qu’invisibles et imperceptibles avec les sens, sont couramment considérés en tant que vérité absolue. Ce type de perceptions subtiles appartient à un ordre supérieur de réalité. Les humains ordinaires ont difficilement accès à cet état de conscience.

Ainsi, seulement les initiés ou les chamans voient ce que les autres ne voient pas. Notre univers est en effet géré par des forces et des entités invisibles. Les chamanes sont en réalité leurs élus, et servent de médiateurs entre ces deux mondes.

Pour les Inuit, le corps est composé de plusieurs éléments qui interagissent continuellement, et cela jusqu’à la mort de l’individu :

Le corps physique

tima, timi

Possède un caractère temporaire. Symbolise une maison provisoire qui enveloppe une réalité immortelle

Le souffle

anirniq

Retourne au Sila, à l’environnement ou à son esprit

La vitalité

inusia

Elément proportionnel à la durée de vie. Si on aide les autres on acquiert plus de vitalité, une vie plus longue. Si on est violent ou on pratique la sorcellerie, la vitalité diminue et la durée de vie devient plus courte

L’âme double (partie immortelle)

tarnek, tarniq, tarnik, tarniit

Représente la composante immortelle qui se reflète dans toutes les parties du corps, l’image miniature de la personne. Elle est située dans une poche au niveau de l’aine 

Le nom (partie immortelle)

adek, atiq, atiit

Concentre les caractéristiques d’une personne, son principe de vie. Le simple fait de prononcer un nom le met en mouvement. Il confère à chacun une unicité et donne à la personne son humanité. Le nom demeure parmi les vivants et constitue un lien important avec défunts.

Certains de ces éléments favorisent la communication avec des esprits, des animaux et des défunts. Habituellement cela se produit à travers les rêves ou les expériences mystiques.

Statuette Inuk

L’âme (tarnek) est un principe éternel, la manifestation d’une individualité.

Son périple commence avec le monde végétal, continue avec le règne animal et finit avec l’homme. Un mythe raconte que l’âme démarre son existence dans un brin d’herbe malheureux qui ne supporte plus le vent et décide de changer de place. Ensuite elle évolue à travers de nombreuses existences : dans l’eau, dans les animaux terrestres et aquatiques, et finalement dans l’homme.

Des contes inuits racontent qu’autrefois les hommes et les animaux avaient des âmes semblables. Ainsi les animaux pouvaient se métamorphoser en hommes et les hommes en animaux. 

Masque spirituel

Selon le mythe Navagiyaq le nom peut passer de l’homme à l’animal et de l’animal à l’homme. Le mythe Arnaqtaaqtuq raconte les aventures d’une âme qui après s’être réincarnée dans différents animaux finit par renaître dans un être humain.

Manteau de chaman

L’âme immortelle existe dans le fœtus avant sa naissance. Lors du décès, elle tourne autour du tombeau pendant quelque jours, ensuite entame un long voyage, accompagnée de ses petites âmes. Après son arrivée au monde souterrain ou au ciel, l’âme se repose, ensuite continue une vie semblable à celle sur terre.

Les Inuit l’imaginent sous forme de sphère, de bulle d’air, à l’intérieur de laquelle se trouve un individu en miniature. Il s’agit de l’air prélevé dans l’atmosphère le jour de sa naissance. 

Lors du décès, et avant d’aller vivre et se réincarner dans l’au-delà, la miniature reprend une taille normale. L’air qui se trouve à l’intérieur de la bulle retourne dans l’atmosphère.

Le mot Inua (au pluriel Inue) désigne un principe vital invisible qui existe dans toute chose. L’inua est une partie de l’âme.  Les humains, les animaux, les lacs, les montagnes, les plantes, les rivières, l’air, la mer, la lune, le soleil, certaines étoiles et pierres, … possèdent des inue spécifiques. Par exemple l’inua de l’œuf se trouve dans le jaune d’œuf.

Les parties du corps capables de mouvements renferment une petite âme, l’équivalent de l’Inua. Les humains, en général, possèdent de nombreuses petites âmes. Elles sont situées dans diverses parties du corps : les membres, les articulations, les poignets, etc.

Chaman (l'angakkuq)
Esprit Torngat

Les Inuit perçoivent la maladie sous forme d’énergie qui se trouve à l’intérieur d’une structure en mouvement circulaire. Les maladies apparaissent lorsqu’une petite âme quitte le corps. L’homme ressent une intense douleur à l’instant où l’ennemi ou des esprits mal intentionnés viennent voler une de ses petites âmes. Les mauvaises pensées, les paroles blessantes ou les émotions intenses (la peur, la colère, le chagrin) peuvent également causer le départ d’une petite âme.

Elle peut se cacher dans un fleuve ou un lac, dans la neige, la terre, dans l’air ou dans la mer. La plupart du temps, la perte d’une petite âme humaine n’est pas grave, car elle peut être réparée ou remplacée avec celle d’un animal ou d’un oiseau. En revanche, l’homme meurt rapidement s’il perd une des deux âmes situées dans la colonne vertébrale (au niveau de la nuque et la gorge, et dans la partie inférieure du dos).

Statuette Inuk

Pour guérir, le malade demande à son chaman d’envoyer ses esprits assistants récupérer la petite âme disparue. Le chaman chante, bat le tambour et rentre en transe. Dès l’instant où son esprit disparaît sous la terre, un des esprits assistants rentre dans son corps (par l’anus). Ensuite, en parlant avec la voix caractéristique de l’esprit qui occupe son corps, il envoie des guides et d’autres esprits assistants ramener l’âme perdue. 

Pendant ce temps, l’esprit assistant, représenté symboliquement sous forme d’idole entourée des cercles, chante monotonement :

Tout mon corps n’est que des yeux.

Regardez-le !

N’ayez pas peur !

Je regarde de tous les côtés.

Esprit auxiliaire du chaman

Une fois retrouvée, l’esprit garde l’âme dans sa main droite. Ensuite, le malade se met en position assise, et l’esprit pose la main sous le malade en poussant la petite âme vers le haut. L’âme passe ainsi par l’anus jusqu’à sa place habituelle dans le corps. Le malade est considéré guéri.

Parfois, l’esprit assistant ne peut pas retrouver pas la petite âme. Dans ces rares cas, l’homme ne guérit pas et après sa mort il est condamné à errer.

Statuette d'enfant

Les malades qui n’ont pas les moyens de faire appel à un chaman, et afin de faire revenir la petite âme perdue, chantent les vers suivants :

Ames que j’ai perdues
Mes deux âmes-tarnik
Revenez de vous-mêmes
Et rentrez en moi !
Mes âmes, mes âmes
Revenez de vous-mêmes,
Rentrez en moi et fixez-vous !

D’une région à une autre, les esprits auxiliaires du chaman sont connus sous différents noms : toornaarsuk, tuurngait, tuurngaq, tuurnait, tuurnat. Ce terme peut parfois designer l’ombre d’un animal ou d’un défunt. Dans tous les cas il s’agit d’un être non-humain, qui ressemble d’une certaine façon aux ijiraq.

Ces esprits assistants sont plutôt grands, de tout âge et possèdent une force physique non-humaine. La taille, la couleur et la forme diffèrent d’un à l’autre. Ils sont capables de générer le brouillard, de se rendre invisibles et d’effacer provisoirement de la mémoire des Inuits les rencontres avec eux.  La plupart apparaissent sous une forme humaine, mais il y a des particularités dans leur apparence qui démontrent qu’ils ne sont pas des êtres humains ordinaires. Certains peuvent prendre une apparence animale. Compte tenu du fait qu’ils vivent longtemps, ils servent parfois plusieurs générations de chamans.

Esprits de la nuit
Tambour

Dans l’Arctique central ils sont considérés les maîtres de tout l’invisible, les êtres les plus remarquables après Sedna, la maîtresse des animaux marins. Au Labrador, ils sont perçus comme des esprits malveillants qui sont capables de prendre diverses formes. Chez les Kitlinermiut, ils sont considérés comme des êtres surnaturels à forme mi-humaine. Ils vivent loin des communautés Inuit, se métamorphosent et peuvent devenir invisibles. Certains d’entre eux habitent dans des espaces creusées dans la pierre des rochers. En Alaska à Point Barrow ils sont assimilés à des esprits qui causent des maladies. Chez les Arviligjuarmiut de Pelly Bay au Nunavut, ils sont décrits comme étant des êtres invisibles, parfois des animaux, des monstres.

Toutefois, ils peuvent se montrer bienveillants et aider les Inuits à se procurer de la nourriture.

Ijirait

L’ijiraq (pluriel ijirait) est un esprit qui a la bouche et les yeux verticaux. Certains Inuits, après leur mort, choisissent de se transformer en ijiraq. Ils peuvent ensuite se métamorphoser en caribous.

Pour différentier un caribou d’un ijiraq sous la forme de caribou, le chasseur doit faire attention à plusieurs détails. Si une des chevilles du caribou elle est tâchée ou déformée, si les bois sont recourbés vers le bas ou semblables à une chevelure, il s’agit d’un ijiraq.

Toutefois, lorsqu’ils le souhaitent, ces esprits peuvent se rendre visibles ou manifestent leur présence par un sifflement. Les chamanes les voient naturellement.

Chaque Inuk se considère comme faisant partie d’un tout universel. Il n’y a pas séparation, les Inuits font partie intégrante de la nature et de l’univers.

La mort représente juste un passage vers le monde des défunts. Les ancêtres continuent de communiquer avec les vivants par le rêve.

« Ce que nous avons entendu dire à propos de l’âme nous montre que la vie des hommes et des bêtes ne se termine pas avec la mort. Quand, à la fin de la vie, nous rendons notre dernier souffle, ce n’est pas la fin. Notre conscience nous revient, nous revenons à la vie, et tout cela s’effectue par le biais de l’âme. C’est pourquoi nous considérons l’âme comme la chose la plus grande et la plus incompréhensible de toutes » Knud Rasmussen 1929

Oiseaux humains

Lexique :

l’angakkuq = le chaman, celui qui voit au loin

asia = l’autre côté, ce qui nous touche sans être avec nous, un endroit où l’on est lié par un intérêt, une parenté ou autre.

Iloua = le contraire de asia, « mon intérieur », la conscience de moi-même, ou l’intérieur de la maison, etc.

tarrak = l’ombre, une image, un revenant, un fantôme, une cachette, un mot tabou ou rituel dont se servent les chamans

tima = le corps à caractère temporaire, une maison éphémère, le contenant provisoire d’une réalité immortelle.

adek = le nom, le principe de vie personnel, éternel. Prononcer le nom le met en mouvement. Il confère à chacun une unicité. Il a le désir d’habiter un corps et la propriété de se réincarner

tarnek = l’âme, la composante immortelle qui se reflète dans toutes les parties du corps, l’image miniature de la personne placée dans une poche située au niveau de l’aine 

tarriassuk (dérivé de tarrak) = celui de l’ombre, entité invisible aux humains 

Statuette d'ours

Sources :

William Thalbitzer, Les magiciens esquimaux, leurs conceptions du monde, de l’âme et de la vie, Journal de la Société des Américanistes. Tome 22 n°1, 1930 (https://www.persee.fr/doc)

Robert Gessain, Ammassalik ou la civilisation obligatoire

Frédéric Laugrand, Lorsque des aînés évoquent la beauté de l’au-delà… ou ce que disent les expériences de mort imminente chez les Inuits du Nunavut (https://www.erudit.org/fr)

Knud Rasmussen, Du Groenland au Pacifique, deux ans d’intimité avec des tribus d’esquimaux inconnus, 1929

Vania Jimenez, La contagion dans la culture inuit, Horizons philosophiques (https://id.erudit.org)

Cécile Pelaudeix, Art Inuit : Formes de l’Ame et Représentations de l’Etre (https://hal.archives-ouvertes.fr)

Bernard Saladin d’Anglure, Les métamorphoses dans les relations inuit avec les animaux et les esprits, Réligiologiques, no 32, printemps/automne 2015

Vladimir Randa (2017). Cornus versus dentus et autres modalités d’association des animaux dans l’imaginaire inuit. Études Inuit Studies, (https://doi.org)

Véronique Antomarchi, « Couleurs inuit », La Géographie, 2017/4 (N° 1567) (https://www.cairn.info)

Nathalie Ouellette, Les tuurngait dans le Nunavik occidental contemporain, Études/Inuit/Studies, Volume 26, numéro 2, 2002 (https://id.erudit.org)

Maddyson Borka, “ Une fois j’ai presque rencontré un esprit”, Ateliers d’anthropologie 52 | 2022, 20 October 2022 (http://journals.openedition.org)

Wikipédia (https://fr.wikipedia.org/wiki/Inua)

Inuit myths and legends (https://www.inuitmyths.com)

Les Inuits (https://www.jstor.org)

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