Coutumes et traditions funéraires
Croyances sur la mort

Les Gouns sont une population d’Afrique de l’Ouest qui vit principalement au Bénin, dans la région de Porto-Novo, et au Nigeria. Les Fons sont majoritaires au sud du Bénin, et il existe quelques communautés au Togo dans la région d’Atakpamé.

Pour les Gouns et les Fons l’homme est à la fois matériel et spirituel, constitué d’une partie visible, et de plusieurs parties invisibles. Les parties invisibles sont formées de:

– l’ombre (le double de l’homme) qui le suit partout et qui sert d’intermédiaire entre lui et le monde invisible

– du principe vital 

– la partie immatérielle du principe vital.

La mort ne représente pas la disparition d’une personne mais seulement le passage de son esprit dans un autre monde.  Il s’agit seulement d’un changement de statut, car il y a une continuité de la vie sous une forme différente.

Ils attendent le dernier soupir du moribond en silence, en ayant une attitude humble et triste, en se resignant face à la volonté divine.

Le défunt, dont l’âme ne meurt pas, continue à communiquer avec les membres de sa famille. Il continue à avoir les mêmes besoins, éprouve les mêmes tristesses, les mêmes joies. Le défunt peut communiquer directement avec les vivants en apparaissant dans leurs rêves. Il peut aussi exprimer ses humeurs et ses opinions à travers les manifestations ésotériques. 

Parfois, avant de prendre certaines décisions, l’avis des Ancêtres semble nécessaire. Le féticheur les interroge à travers des rituels et des sacrifices, ensuite transmet les réponses aux vivants.

Des Egoungouns (revenants en langue yoruba)
Egoungoun

Un exemple de manifestation ésotérique est le rite Egoun (pratiqué initialement par les Yorubas, et adopté ensuite par les Fons) qui sert à faire revenir, symboliquement, les morts parmi les vivants. Son but est principalement de les honorer, mais aussi de les consulter à des moments importants. Les défunts peuvent eux-mêmes demander à revenir, par l’intermédiaire du féticheur.

Un égoungoun est une entité appartenant au royaume des morts, à travers laquelle le revenant rend visite à ses descendants, en prenant une forme matérielle. Il est incarné par un homme caché entièrement sous un pagne.

Les Goun et Fon s’intéressent à la cause du décès (bonne ou mauvaise), au jour des funérailles (faste ou néfaste), à l’âge du défunt (enfant, adulte), à son état physique (maladie, accident, …), à son statut social (chef de village, prince, descendant d’esclaves, …), à sa moralité (sorcier, …). 

A partir de toutes ces constatations ils ont construit une certaine hiérarchie des défunts, qui a donné naissance à des rituels funéraires spécifiques pour chaque catégorie.

Le décès prématuré d’un fœtus ou d’un enfant en bas âge est appelé « la mort discrète » (l’âme est arrivée sur Terre, mais ce qu’elle a vu ne lui a pas plu, elle est donc repartie).

Le défunt reçoit, généralement, les honneurs funéraires habituelles dans sa famille. Pour une personne pauvre les cérémonies ont lieu en privé, pour un riche elle ont lieu en public, mais les deux ont droit aux mêmes honneurs et rites funéraires.

Le corps n’est pas embaumé, il est juste lavé. Ils plient les genoux du défunt et le posent sur un canapé en bambou, canapé avec lequel il est ensuite mis en terre. Les ongles et les cheveux coupés sont mis dans la tombe.

Les femmes enceintes ne sont pas autorisées à toucher le cadavre. 

Autels portatifs funéraires
Crâne dans un bol

La veillée dure plusieurs jours. Des tam-tams resonnent dans la cour, ils chantent et dansent. Pendant cette période la chambre mortuaire n’est pas purifiée et la famille ne fait plus la cuisine dans la maison. Les proches de la famille en deuil leur envoient de la nourriture et de l’argent en signe d’amitié.

En déplaçant le corps vers la tombe ils gardent le silence. La tombe a une forme circulaire. Elle est creusée par la famille sous l’ancienne chambre à coucher du défunt ou dans la plus petite pièce de la maison. Ils orientent sa tête en direction de l’océan car, selon leur croyance, l’autre monde se trouve là-bas. Ils enterrent le corps avec tout le matériel nécessaire au voyage vers l’au delà. 

Selon les ethnies, ils placent dans ou sur la tombe des ustensiles de cuisine pour que le défunt puisse manger, des armes pour qu’il se défende, de l’argent pour qu’il paie ce dont il a besoin, des boissons et ses vêtements.

Dans la tradition Fon c’est la chauve-souris qui accompagne le défunt dans l’au-delà.

En signe de deuil, ils pratiquent un certain appauvrissement alimentaire ainsi qu’une modification de l’habillement : ils portent plutôt des vêtements usagés et sales. Il s’observe principalement chez la veuve et les enfants. La couleur du deuil est le blanc.

Tout le village est invité au repas des funérailles.

Quelques jours plus tard, ils brûlent cérémoniellement certains objets qui avaient appartenu au défunt, et qui sont considérés comme étant son enveloppe. Par la même occasion ils expédient des cadeaux aux « rois défunts ».

La procession se déroule en dehors de la ville, au pied d’un grand arbre. Cette pratique de la séparation des biens, leur neutralisation symbolique avant de les transmettre, éventuellement, à un successeur, représente la rupture des dernières attaches naturelles du défunt avec le monde des vivants.

Cérémonie Ayisun

Plusieurs mois plus tard (neuf pour un homme, sept pour une femme), mais en réalité bien plus, a lieu l’exhumation et le toilettage du crâne. 

Après des prières spécifiques le crâne est déposé dans un sac et gardé ainsi un peu plus d’un an, accroché à un mur ou dans un pot.

A la fin de cette période le crâne est exposé et vénéré lors des cérémonies communes, auxquelles tous les possesseurs de cranes participent. Ensuite a lieu l’enterrement définitif et secret du crâne, suivi de l’appel du trépassant, d’une nouvelle cérémonie et de plusieurs jours de grandes réjouissances.

L’ensemble des rites qui ont pour objet le traitement des crânes des défunts s’appelle Ayisun.

Plus tard ils mettent en place un autel commémoratif dédié au disparu, désormais arrivé au monde des ancêtres. 

Les Goun et Fon croient que leur véritable maison se situe au milieu des ancêtres, et que le défunt continue d’évoluer spirituellement dans ce monde jusqu’à sa prochaine réincarnation.

Crâne

Sources :

Charles Henri Pradelles de Latour, Les morts et leurs rites en Afrique

Sylvia Janin, Burkina Faso Pays des hommes intègres

(https://www.geo.fr)

(http://news.acotonou.com)

Gilbert Rouget, Brûler, casser, détruire, se réjouir. Contribution à l’étude du vocabulaire des funérailles chez les Goun (Bénin)

Baudin, R. P., Funérailles des quatre derniers rois de Porto-Novo 

Albert Tingbé-Azalou, Rites funéraires et exhibitionnisme social en milieu Fon du Benin

Gabriel Kiti, Rites funéraires des Goun (Dahomey)

(https://fr.wikipedia.org/wiki/Goun)

(https://fr.wikipedia.org/wiki/Fon)

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