Coutumes et traditions funéraires
Croyances sur la mort

Les Kikuyus sont un peuple autochtone d’Afrique de l’Est.

Les croyances religieuses de Kikuyu ne font pas référence à l’existence d’un ciel et d’un enfer. Leur dieu suprême est omniprésent et omnipotent, il domine tout, et rien ne se produit sans son accord. Il se manifeste pour la plupart du temps au sommet du mont Kenya. Dans leur vision il y a le Dieu « noir » qui leur est spécifique et le Dieu « blanc » qui appartient aux peuples Kamba et Massai.

Ils croient que chaque être vivant possède :

– un esprit individuel et ancestral, appelé aussi l’ombre ou le vent, qui après la mort rejoint l’espace des ancêtres

– un esprit familial, qui plus tard se réincarne dans un nouveau-né.

Les rites religieux sont officiés par quelqu’un qui est à la fois prêtre, mage et  devin. Le culte des ancêtres se déroule en stricte relation avec l’organisation clanique.

Les ancêtres défunts veillent au respect des traditions. Les agissements contraires à leurs attentes attirent leur colère et peuvent provoquer de graves ennuis.

Ainsi, pour les apaiser, de nombreux sacrifices leur sont offerts : de type commémoratif (en souvenir du mort afin de ne pas l’oublier) ou à titre de protection (pour s’en protéger).

Femmes Kikuyu

Les ancêtres peuvent transmettre des messages aux vivants à travers certains animaux. Il s’agit de l’hyène, du chacal, des oiseaux de proie et du serpent. Ils sont traités avec respect dans leur qualité « d’envoyés des esprits ». Parfois ces messages peuvent présager des maux futurs, et par conséquent, afin d’essayer de les contourner, ils pratiquent des sacrifices.

Pour les Kikuyu, la mort, est entourée de discrétion et du non-dit. Elle est accueillie avec un certain fatalisme. Les Kikuyu, par rapport à la plupart des peuples autochtones, n’ont pas peur d’être hantés par l’esprit du mort. Toutefois, le mort est généralement porteur d’une pollution dont il faut se débarrasser au plus vite. 

Pour cela ils pratiquent, entre autres, des coïts rituels afin de ne pas être contaminés par la mort et de permettre à nouveau la circulation de l’énergie de l’entité transcendante appelée « le Détenteur de la Force ».

Leurs rituels funéraires se composent de plusieurs activités et festivités, pour la plupart publiques, comme des festins, des danses et des lamentations. Ces actions sont presque thérapeutiques, car les endeuillées peuvent ainsi exprimer en public leur tristesse et reconnaitre les accomplissements du défunt.

Le contact avec le cadavre est strictement interdit. Pour se préserver de ce contact, toutes les personnes gravement malades sont mises à l’écart par leur entourage. Lorsque la mort d’une personne survient dans la maison, le cadavre y est abandonné. Ils percent ensuite un orifice dans le mur, destiné aux hyènes.

Groupe de personnes Kikuyu

Les Kikuyu distinguent les morts selon leur statut social : les « achevés » (il s’agit des vieillards respectés, ayant laissé derrière eux une lignée) et les « inachevés » (les disparus sans descendance, par accident, par meurtre, par le maléfice d’un sorcier ou par la malédiction d’un parent).

Les êtres « inachevés » ne sont pas enterrés, leur esprit ne se réincarne pas comme celui des êtres achevés. Les proches enveloppent le mourant ou le décédé dans un linceul de cuir, ensuite ils le déposent dans la brousse, dans un lieu spécialement prévu, pour être dévoré par les hyènes et les charognards. Le corps retourne ainsi vers la nature. 

La maison du défunt est détruite, ses objets personnels abandonnés et dispersés dans la même région que le corps. Son esprit individuel survit mais ne rejoint pas le monde des esprits et il ne peut pas accéder au statut d’ancêtre. Il est condamné ainsi à errer éternellement. Son nom est oublié.

Femme et enfant

Les être « achevés » ou accomplis peuvent mourir dans leur maison et peuvent bénéficier d’un enterrement. Il s’agit d’un privilège, car selon les Kikuyu l’esprit individuel vit sous la terre. Le clan est responsable de l’enterrement, le cadavre est confié aux fils cadets, qui ensuite doivent se purifier.

Les hommes et les femmes bénéficient d’un rituel presque identique, séparé en deux étapes : un enterrement puis un « déterrement ».

La tombe est creusée par les fils non mariés du défunt à l’aide de leurs mains et d’un bâton. Ils déposent le corps à l’intérieur sur son côté droit, enroulé dans des vêtements et des couvertures.

La tombe est recouverte de pierres et le bâton est posé par-dessus. Les fils sont ensuite contraints à une réclusion dans la hutte du défunt.

Femmes Kikuyu

Un mois après l’enterrement ou le dépôt en brousse se déroule la deuxième phase du rituel. La cérémonie de « déterrement » s’étend sur neuf jours. Il s’agit en fait du retour à la vie normale, du rétablissement progressif de l’activité sexuelle, qui marque l’éloignement des morts par rapport aux vivants.

Femmes en tenue traditionnelle

Pendant le premier jour de la phase dite « de déterrement » ils organisent une cérémonie dans la brousse, derrière la maison du défunt, pendant laquelle ils consomment de la viande grillée. Une partie de cette viande est déposée au pied d’un arbre en signe d’offrande au défunt et aux autres esprits.

L’offrande symbolise le succès de sa transformation et son intégration au monde des morts. Le soir a lieu le premier coït rituel dit « percer la mort » entre les veuves et des hommes qui ont accepté contre rétribution de rendre ce service (ils s’appellent « ceux qui vendent leur épée »). Ensuite, un jour sur deux, d’autres coïts sont effectués dans des conditions identiques.

Durant les six semaines qui correspondent à la période de deuil, les foyers des épouses (ou des époux) doivent rester allumés en permanence. Ils cessent les activités sexuelles, doivent s’enduire le corps de certaines substances et éviter les maisons associées à la mort. L’accouplement du bétail est interdit aussi. 

La famille proche doit se raser les cheveux et suspendre une partie des activités jusqu’à la fin des cérémonies. Le rasage des cheveux représente un symbole de séparation et d’espoir. La mort ne détruit pas la vie, l’esprit du mort renait de la même manière que les cheveux repoussent.

Chez les Kikuyu les morts sont commémorés, les esprits sont régulièrement honorés par des offrandes. Lorsqu’ils se souviennent du défunt et prononcent son nom, c’est signe qu’il n’est pas vraiment mort : il reste vivant.

Tribu Kikuyu

Sources:

(https://fr.wikipedia.org/wiki/Kikuyus)

Adam Michel. Espace et temps chez les Kikuyu du Kenya.

(https://www.persee.fr/doc)

P P Cayzac, La Religion des Kikuyu (Afrique Orientale)

(https://www.jstor.org)

Gourou Pierre. Une paysannerie africaine au milieu du XXe siècle : les Kikuyu et la crise Mau-Mau

Anne-Marie Peatrik, Le chant des hyènes tristes. Essai sur les rites funéraires des Meru du Kenya et des peuples apparentés

Muchugu Kiiru, Going Gentle into That Good Night: Indigenous Therapy on Death in Kenya

Homme guerrier Kikuyu
Spiritualité Autochtone